Questions spécifiques

Questions de couples mariés

Mon conjoint est homosexuel, comment l’accepter?

Devant le choc et la souffrance d’une épouse découvrant l’homosexualité de son conjoint, on ne peut tout d’abord qu’éprouver un profond respect. Dans un premier temps, il s’agit pour elle de retrouver sa dignité mise à mal par un « non-dit » qui entache la relation de confiance naturelle entre époux. Le couple se trouve ainsi remis en question par cette découverte.
Devenue tout à coup étrangère à l’univers intérieur de son conjoint, la femme peut ressentir humiliation, incompréhension, sentiment de trahison ou révolte. Elle peut aussi éprouver le besoin de prendre du recul vis-à-vis de celui qui se révèle différent. Cette attitude ne doit en aucun cas engendrer un sentiment de culpabilité. Cela peut susciter une remise en cause de toute l’histoire du couple : m’a-t-il jamais aimé ? Est-ce qu’il m’a menti ? Que vaut notre mariage ? Quel avenir pour notre couple et notre famille ? Qu’est-ce que je vais devenir ?
Dans la mesure du possible, un dialogue entre conjoints dans la vérité est important et peut être libérateur. Il est nécessaire de tenir compte de la difficulté affective d’un époux qui, lui-même, peut se trouver submergé par des sentiments d’angoisse et de désespoir qu’il ne peut maîtriser et a du mal à exprimer. Son orientation homosexuelle n’est pas un choix délibéré. Dans tous les cas, il est essentiel de ne pas enfermer l’autre dans sa seule dimension sexuelle, qui n’est qu’un aspect de sa personnalité.

Le regard que portera l’épouse sur son conjoint va avoir une grande influence sur leurs relations futures : regard de compassion, d’amour, de compréhension, de confiance ou regard de méfiance, de jugement, de peur, de dégoût.
L’attitude de l’époux lui-même est déterminante. Accepte-t-il avec humilité de reconnaître sa vulnérabilité ou fait-il preuve de supériorité ? S’accepte-t-il lui-même tel qu’il est et a-t-il le désir de « respecter » sa femme, de faire un chemin de vérité pour essayer de voir clair en lui ? Est-il décidé à en prendre les moyens ? Désire-t-il continuer à vivre en tendant le plus possible à la fidélité de pensées et de corps ? Ou bien demande-t-il une certaine liberté et envisage-t-il la séparation ?
Pour l’épouse, la chose la plus difficile est certainement de continuer à faire confiance. Pourtant, c’est cette confiance qui peut permettre à son époux de retrouver sa dignité, sa confiance en lui et de trouver la force pour le combat intérieur qu’il aura à mener pour être en vérité. Si une séparation doit être envisagée, elle ne dépend pas toujours de l’épouse, qui n’a alors pas à se culpabiliser de quelque chose dont elle n’est pas responsable.
En choisissant la vie commune, les époux ont pris la responsabilité de se soutenir mutuellement. Lorsque la vie prend des chemins inattendus, lorsque tout semble remis en question, essayer de vivre cette nouvelle situation dans la confiance et l’amour est chemin de croissance et de vie pour chacun. Passé le bouleversement de la découverte, viendra le temps du discernement et des décisions à prendre pour l’avenir du couple.

Les témoignages le montrent souvent : l’homosexualité constitue pour la plupart des personnes, au moins dans un premier temps, une épreuve. Mais il faut rappeler qu’une épreuve, ce n’est pas seulement une difficulté ou une souffrance ; c’est aussi ce qui permet d’« éprouver » une personne, c’est-à-dire de la faire grandir. En ce sens, l’homosexualité fait partie de ces épreuves de la vie qui permettent d’aller plus loin, de creuser son humanité, d’approfondir sa vision de la vie. La découverte de l’homosexualité – la sienne ou celle d’un proche – est certes une crise, parfois bien douloureuse, mais elle peut ouvrir des horizons, différents de ceux dont on avait pu rêver, mais non moins riches et pleins de promesses. Toute la question est dès lors : comment faire l’unité en soi, comment être en vérité et, pour un chrétien, comment être chrétien et homosexuel ?

Que vaut mon mariage si je me découvre homosexuel, puis-je rester marié ?

Il peut arriver qu’après s’être mariées, certaines personnes se trouvent confrontées à l’homosexualité. C’est une situation difficile voire angoissante qui soulève des questions légitimes : quelle est la valeur d’un engagement bâti sur une telle fragilité ? Si jamais le mariage est remis en cause, est-ce que ce sera une trahison vis-à-vis du conjoint et du sacrement reçu ?
Certains, au moment du mariage, ne se savaient pas lucidement homosexuels. D’autres en étaient plus ou moins conscients, mais, peut-être parce qu’ils n’acceptaient pas leurs attraits et les refoulaient, avaient-ils enfoui au plus profond d’eux-mêmes leur orientation sexuelle, pensant que le mariage leur permettrait d’en être « libérés ». D’autres encore se pensaient bisexuels et, parce qu’ils avaient le désir de fonder une famille, voyaient dans le mariage la possibilité de mener une vie « normale ». Il arrive encore que certaines personnes qui se savaient homosexuelles, sans accepter cette orientation, se marient avec une personne du sexe opposé avec lequel il existe une profonde amitié ; pour eux, le mariage, confirmé par la force du sacrement, représente alors un engagement solide qui protège de l’attirance ou du désir pour une personne du même sexe et permet en quelque sorte de sublimer ce que l’on choisit de ne pas vivre. La demande en mariage vient d’ailleurs parfois de l’autre conjoint, et la personne homosensible s’engage, heureuse d’avoir rencontré une personne qui la comprenne et l’aime.

Cependant, les années passant, l’homosexualité, refoulée ou non perçue, peut surgir et s’imposer de manière durable et angoissante, mettant la vie du couple à l’épreuve. Des silences, des sous-entendus, des évitements participent alors à la dégradation des relations, à la déstabilisation du couple, à des situations de crise, de tensions, de conflits. Cette situation, aussi douloureuse qu’elle soit, ne doit pas engendrer une culpabilité démesurée : on n’est pas coupable de se découvrir homosexuel, même si on aurait pu le pressentir et même si on connaissait plus ou moins consciemment son orientation sexuelle : les contextes familiaux, sociaux ou religieux ont souvent joué un grand rôle dans le choix du mariage.

C’est alors que se pose de manière cruciale la question de l’engagement : faut-il remettre en cause un engagement qui peut être vu comme mensonger ? Quelles que soient la maturité affective, les zones d’ombre ou la lucidité qui prévalaient lors de la rencontre des futurs conjoints, c’est la sincérité du dialogue qui déterminera s’il y a trahison ou non. Il revient au couple, en se faisant éventuellement aider, de relire son histoire pour vérifier la sincérité de son engament : si le sentiment éprouvé était suffisamment intense, si la rencontre a permis d’établir, avec une certaine franchise, le choix du mariage, si cet engagement a été libre, alors les conditions requises pour un mariage (chrétien) étaient rassemblées. Commence ensuite l’histoire particulière de chaque couple, dont l’ambiguïté initiale ne détermine pas forcément l’issue heureuse ou malheureuse. Nous reviendrons sur ce sujet plus loin, en voyant ce qui peut amener un couple à choisir de rester ensemble ou de se séparer.

Peut-on envisager un mariage hétérosexuel quand on est homosexuel ?

Le mariage résulte d’un acte librement consenti par une décision éclairée. S’y engager est un choix sérieux, qui doit être fait sans contrainte et en toute connaissance de cause. Il faut prendre du temps pour se connaître soi-même et connaître l’autre, pour mesurer la valeur de l’engagement et ses conséquences.

Une personne homosexuelle désireuse de se marier se trouve confrontée à de nombreux tiraillements. Comment être sûr que l’on sera heureux avec l’homme, la femme que l’on souhaite épouser ? Est-ce que l’autre perçoit ce que signifie se marier avec quelqu’un qui est attiré par des personnes de même sexe, par-delà ses qualités humaines propres ? Du point de vue de la sexualité, pourra-t-on s’épanouir dans la durée ?

Parmi les motivations de ceux qui désirent s’engager ainsi dans le mariage, on entend le désir de faire comme tout le monde, de fonder une famille, d’offrir la joie à ses parents d’avoir de petits-enfants, d’espérer malgré tout « guérir » et « rentrer dans la norme »… Quoi qu’il en soit, il convient que la personne homosexuelle prenne un temps de discernement et accepte d’être accompagné pour mesurer les enjeux et les conséquences que requiert un tel engagement.
Toutefois, reconnaissons que se marier dans ces conditions a de fortes chances de conduire à l’échec. Un tel mariage serait fuite de la réalité, expression d’une homosexualité refoulée.
Le mariage catholique ne peut se bâtir sur de tels fondements. L’amour qui le porte n’est pas un sentiment, mais une décision placée sous le regard de Dieu qui engage pour la vie, une vie d’alliance à l’image de l’union de Dieu avec son Peuple et du Christ avec l’Église.

Questions de parents

Notre enfant est homosexuel, comment l’accepter ?

Apprendre que son enfant est homosexuel est très souvent pour les parents un choc et une souffrance qui engendrent incompréhension, culpabilité, révolte et parfois rejet. Nombreuses sont alors les questions qui surgissent : pourquoi est-il ainsi ? Qu’est-ce qui a pu provoquer cela en lui ? Qu’avons-nous raté dans son éducation ? Quelles erreurs avons-nous commises ? À qui la faute ? Notre enfant sera-t-il heureux ?

Les parents n’ont pas à se sentir responsables ni coupables de l’homosexualité de leur enfant. Il est important de souligner que celle-ci n’est en aucun cas une « maladie » ou une « anormalité », mais une orientation sexuelle différente, dont la personne concernée n’est en rien responsable non plus. C’est une situation qui n’est pas choisie mais subie, souvent douloureusement. De plus, une personne ne peut pas être réduite à sa seule dimension sexuelle, qui n’est qu’un aspect de sa personnalité. Qu’un enfant soit homosexuel ne change rien au fait qu’il reste un enfant avec toutes ses qualités et qu’il a surtout besoin de toute la compréhension, de tout l’amour et de tout le soutien de ses parents.

Pour éviter de « tourner en rond » avec des questions et de s’enfermer dans la culpabilité, il est souhaitable que les parents ne restent pas seuls, mais qu’ils puissent s’ouvrir, dialoguer avec des amis, des proches et, éventuellement, se faire aider par des personnes compétentes, comme un psychologue. Ils peuvent encore rencontrer des prêtres connaissant bien la réalité de l’homosexualité ou s’adresser à des associations ou des lieux d’écoute et de partage qui leur permettront de mieux comprendre leur enfant et de rencontrer d’autres parents vivant ou ayant vécu semblable expérience.

Il est souvent difficile pour des enfants d’évoquer ces questions en famille, par peur du rejet, de l’exclusion. Il faut dire que certaines paroles maladroites ou dures peuvent échapper : « La pire chose qui pourrait m’arriver, c’est d’avoir un enfant homosexuel », ou : « L’homosexualité, c’est une perversion ». Pourtant, l’expérience montre combien le dialogue en famille est libérateur : c’est une grâce d’être en vérité avec ceux que l’on aime. Loin de faire éclater les familles, la découverte de l’homosexualité est souvent l’occasion de renforcements de liens qui conduisent à des relations plus vraies, elle amène chacun à se dépasser, à grandir.
Si on a des raisons de penser que son enfant est homosexuel, mais qu’il n’ose pas en parler, il peut être bon de lui tendre des perches et de lui laisser entendre que l’on est ouvert et prêt à accueillir toute situation. Ceci afin de sortir du non-dit qui peut être étouffant pour lui et pour soi. La relation en sera clarifiée, et une certaine libération intérieure peut en découler pour lui.

Questions de prêtres et religieux

Que vaut ma vocation sacerdotale ou religieuse si je me découvre homosexuel, dois-je persévérer dans mon engagement ?

On peut être appelé à répondre à l’amour de Dieu dans une vocation de prêtre, de religieux, de religieuse quand on est homosexuel. Cependant, l’homosexualité a une incidence sur la façon de percevoir le monde et d’être en relation avec les autres. Une question se pose : : puis-je tenir dans l’engagement que j’ai pris ?

La dimension de l’homosexualité est à prendre en compte dans le discernement personnel de sa propre vocation, et d’abord pour vérifier que l’engagement contracté n’est pas une fuite ou une façon de trouver une fécondité dans sa vie, de gérer socialement l’impossibilité de fonder une famille. Toute vocation est de l’ordre de l’amour : réponse d’amour à l’amour premier de Dieu. Il est alors important de vérifier que l’on s’est engagé pour cette raison-là, et non pour d’autres, très secondaires. De même, il est important de regarder comment on vit l’appel à la continence et si cette condition apparaît possible dans un engagement sur le long terme. Les questions de la solitude et du manque affectif sont évidemment fondamentales : le célibat n’est pas simple à vivre dans un monde où les sentiments et l’épanouissement affectif sont mis en avant comme des éléments essentiels d’une vie heureuse et réussie.

Il peut être bon de parler des questions d’affectivité avec un accompagnateur ou un psychologue en qui on a confiance et avec lequel on peut être en vérité. L’accompagnateur renverra des questions utiles, il pourra aider à trouver les moyens pour avancer face à certaines difficultés. Son rôle est d’aider à la liberté et à l’épanouissement dans la vie sacerdotale et consacrée.

Si une parole libre n’est pas toujours facile dans l’Église, il peut être cependant d’une grande aide de trouver un lieu de parole en Église autour de ces questions ; partager avec d’autres frères et sœurs qui vivent les mêmes réalités est non seulement un grand soulagement, mais un réel soutien et l’occasion d’une croissance fraternelle et spirituelle.
L’équilibre de vie (corporel, mental, spirituel), l’enracinement dans le réel, la capacité à écouter les autres et à avoir une juste distance, la paix intérieure sont des critères concrets pour aider à vérifier que la voie choisie est bonne.
Il arrive qu’un prêtre, un religieux, une religieuse prenne en conscience la décision de quitter la voie dans laquelle il s’était engagé. C’est une épreuve. Il est important de garder à l’esprit que la vie avec et pour Dieu peut être menée dans tout état de vie, laïc ou consacré. L’appel à la sainteté est valable pour tous. L’avenir avec Dieu reste donc totalement ouvert, et plein de promesse.

Le souci de vérité ouvre un vrai chemin de vie. Certains témoignages montrent combien l’acceptation de l’homosexualité a été pour eux source de liberté et de vie. Des parents aussi reconnaissent que cette épreuve les a fait sortir de leurs milieux, de leurs certitudes, de leurs jugements. Se découvrir différent amène aussi à approfondir sa relation à Dieu, à (re)découvrir son vrai visage. Ainsi, certains osent affirmer que l’homosexualité a été pour eux un lieu de grâce pour grandir dans leur foi.

Je me sens appelé, dois-je renoncer à devenir prêtre, religieux ou religieuse ?

Pour ce qui est du sacerdoce, l’Instruction de la Congrégation pour l’éducation catholique du 4 novembre 2005 est ferme : elle indique que « ceux qui pratiquent l’homosexualité », « présentent des tendances homosexuelles profondément enracinées » ou « soutiennent ce que l’on appelle la culture gay » ne peuvent être ordonnés. Si le premier critère est pleinement cohérent avec la règle du célibat dans la continence, qui est valable pour tous les prêtres et religieux, et si le troisième prévient légitimement tout enfermement de type communautariste ou idéologique, le deuxième critère (les tendances homosexuelles profondément enracinées) apparaît plus problématique.

La même instruction rappelle des éléments importants : le sacerdoce n’est pas un « droit », c’est la réponse à un appel (on ne devient pas prêtre par soi et pour soi) ; le discernement implique à la fois celui qui se présente et l’Église qui a à appeler – et à confirmer ainsi l’appel de Dieu ; des personnes dans l’Église ont la mission d’opérer un discernement en son nom ; la maturité affective du candidat est un élément essentiel de ce discernement.
On ne peut qu’être d’accord avec le critère de maturité affective. Celle-ci est essentielle pour rendre possible l’exercice d’une paternité spirituelle et d’une vie offerte au Seigneur. Or, tout le monde n’a pas la capacité de vivre une affectivité équilibrée dans la continence. Pour autant, cela n’est-il pas vrai indépendamment de l’orientation sexuelle ? La maîtrise de soi, la capacité à vivre un amour oblatif, constitutifs de la vie sacerdotale, n’apparaissent pas intrinsèquement liés à une orientation sexuelle. De ce point de vue, le lien que le texte fait entre « tendances homosexuelles profondément enracinées » et manque de maturité affective pose question par sa généralisation.

Notons cependant que si l’Église confie à des responsables la mission spécifique de discerner, c’est qu’il y a dans toute situation matière à discernement. Sur cette base, celui qui sent un authentique appel au sacerdoce gagnera à trouver un accompagnateur suffisamment expérimenté et ouvert, pour s’ouvrir librement de ses questions et commencer un discernement. L’accompagnateur renverra des questions utiles et aidera la personne à avancer.
Pour ce qui est de la vocation religieuse, il est bon de se demander si l’engagement envisagé est bien une réponse à un authentique appel à servir le Seigneur, ses frères et ses sœurs dans l’Église, et non une façon de fuir la réalité de son orientation sexuelle ou une façon de gérer socialement l’impossibilité de fonder une famille. Il est primordial – c’est un des buts du discernement effectué au noviciat – d’avoir suffisamment éclairé sa motivation pour faire un choix libre.
L’engagement définitif dans le sacerdoce ou la vie religieuse ne peut être que de l’ordre de l’amour. C’est à ce niveau d’abord que la personne qui se sent appelée et l’Église qui appelle ont à se placer pour exercer un juste discernement.