L’homosexualité et la foi

 

Est-il possible d’être chrétien et homosexuel ?

Etre chrétien, c’est reconnaître que l’on est aimé de Dieu et vouloir devenir disciple de Jésus quels que soient son orientation sexuelle et son état de vie. C’est prendre un chemin de vie, de bonheur, qui n’est pas tout tracé, mais sur lequel on se sait accompagné.
Il n’y a pas d’autre condition pour être chrétien que de vouloir suivre Jésus, en se mettant à l’écoute de sa Parole et en acceptant de le laisser venir dans sa vie. Dieu s’intéresse à chacun quels que soient son histoire, sa vie, ses limites, ses talents…A chacun il dit : « Tu as du prix à mes yeux et je t’aime » (Isaïe 43,4).
Etre chrétien, c’est aussi cheminer avec d’autres croyants au sein du Peuple de Dieu qu’est l’Eglise. Il n’y a pas de vie chrétienne qui soit isolée.
Cette appartenance à l’Eglise peut être ressentie comme difficile, quand ses positions sur l’homosexualité sont en contradiction avec ce que notre conscience trouve juste. Cette tension ne signifie pas qu’il y a incompatibilité entre être chrétien et être homosexuel. C’est un appel pour la personne homosexuelle à creuser, seul ou avec d’autres, davantage le pourquoi de son attachement au Christ, au-delà de ce qui lui paraît incompréhensible. C’est aussi un appel pour l’Eglise à interroger sa capacité d’accueillir l’autre quel qu’il soit.
Au-delà des incompréhensions, il faut toujours se souvenir que tous, nous sommes des chercheurs.

 

Dieu m’appelle-t-il à changer d’orientation sexuelle ?

La question de l’orientation sexuelle est très complexe. Elle est souvent posée par des personnes, inquiètes des sentiments et attirances homosexuels qu’elles éprouvent. Reconnaissons d’abord qu’il n’y a pas de loi générale : chaque cas est unique, chaque situation différente.
Certaines personnes savent très tôt qu’elles n’ont pas la même sexualité que les autres. Mais les choses ne sont pas toujours aussi claires : identifier son orientation n’est pas aisée. Il arrive parfois, alors même que l’on pensait avoir enfin trouvé sa voie, que la vie nous surprend, et ce, à des moments inattendus.
L’orientation sexuelle est l’expression d’un désir vers l’un ou l’autre sexe, parfois vers les deux. Le désir peut être fluctuant, ou pas. Mais il est sans doute impossible de le changer.
Il faut d’ailleurs se demander ce qu’on recherche en voulant changer la nature de son désir. Faire plaisir à ses proches ? Avoir une orientation sexuelle « comme tout le monde », c’est-à-dire majoritaire ? Mener une vie plus conforme à la société ? Vivre en cohérence avec l’enseignement de l’Église ? Agir contre soi constitue rarement un chemin de bonheur. Il est parfois préférable d’attendre, de mieux se connaître, et surtout de se faire confiance. Laisser parler au fond de soi ses émotions, sans en avoir peur, permet d’y voir plus clair, et d’accepter ce que l’on ressent. Le désir, la sexualité sont avant tout une histoire personnelle, un chemin intime. Si ce chemin paraît trop solitaire, ceux qui portent des blessures affectives – quelle que soit leur orientation sexuelle – peuvent choisir de se faire accompagner. On peut parler de guérison possible pour des blessures affectives, mais pas à propos d’un changement de sexualité.
Beaucoup de chrétiens s’imaginent que devenir hétérosexuels leur permettrait de correspondre au plan de Dieu. Mais le Christ nous aime quelle que soit notre sexualité. L’hétérosexualité ne ferait pas de nous de meilleurs chrétiens. Le Christ nous appelle à vivre avec lui. L’homosexualité peut ouvrir un chemin de conversion, de croissance et de grâce, dans la dynamique de l’amour du Christ.

 

L’homosexualité est-elle un obstacle à ma relation à Dieu ?

L’homosexualité peut être ressentie comme un obstacle pour être en relation avec Dieu. Dans ce cas, il est important de regarder d’où vient ce ressenti, ce qui le nourrit et aussi ce qui pourrait aider à en sortir.
La Bible nous apprend que ce qui fait obstacle à la relation avec Dieu, ce sont les idoles. Celles-ci se font passer pour Dieu, pour la source, pour la finalité de notre être. Elles promettent de façon trompeuse ce qu’elles ne peuvent donner. Et, de notre côté, nous pouvons accepter de croire en elles ! Dans la sexualité – homosexuelle comme hétérosexuelle –, il y a des façons idolâtriques de manipuler l’autre, de l’utiliser pour son seul plaisir. Il y a des fascinations idolâtriques pour le corps, pour le sexe. Il peut aussi y avoir des façons idolâtriques de cultiver un entre-soi exclusivement sur la base de l’orientation sexuelle. Est idolâtrique ce qui sature l’espace et empêche Dieu et les autres d’avoir la place qui leur revient. Il est donc sain de regarder ce qui, dans sa vie, relève d’une complicité avec les idoles, parce que cela peut effectivement empêcher de développer une relation avec Dieu. Mais il y a aussi une culpabilité que ressentent certaines personnes homosexuelles, qui peut être exagérée et mortifère. Elle peut être liée au simple fait d’être homosexuel. Comme si cet état les rendait d’emblée indignes aux yeux de Dieu.
Autant il est important d’être lucides sur les impasses auxquelles nos actions et nos pratiques peuvent nous mener, autant il est essentiel de ne pas en rester là et de comprendre que Dieu nous accueille quoi qu’il arrive ! C’est là que Dieu est tellement transcendant : nous avons tant de mal à croire qu’il nous aime à ce point !
En quel Dieu croyons-nous ? Là est la question. Il peut y avoir un certain confort à rester sur une image d’un Dieu dur et impitoyable, quand cette image fait partie de notre univers et nous maintient dans un sentiment d’indignité. Quand la culpabilité devient excessive, n’est-ce pas l’indication que Dieu serait d’abord comme le miroir des interdits et contraintes que notre psychisme a accumulés depuis notre naissance ? Ne projetons-nous pas alors en lui nos peurs sous forme d’exigences de perfection, de parfaite rectitude – sous peine, nous le craignons, d’abandon, de colère, de condamnation ? Certains discours religieux entendus ici ou là ont pu conforter ces images. Nous pouvons aussi, insidieusement, les rechercher.
À l’inverse, sommes-nous prêts à nous mettre à l’écoute de Celui qui a quelque chose à nous dire sur Dieu : le Christ, venu révéler pleinement qui est son Père ? Nous laisserons nous accueillir par Dieu qui, comme le père dans la parabole du fils prodigue (Lc 15), vient au-devant de nous, ouvre ses bras et désire avant tout nous accueillir et nous aimer tels que nous sommes ? Pour celui qui se sentait tout indigne, le père de la parabole tue le veau gras, et il le revêt d’un vêtement de fête. Il (re)fait de lui pleinement son fils ! Nous laisserons-nous laver les pieds et servir par Dieu lui-même (Jn 13) ? Quand le Maître se fait notre Serviteur … Il y a là un passage très important à vivre dans la foi !
Si nous croyons que l’homosexualité est un obstacle pour notre foi, si ce que nous vivons dans l’homosexualité nous semble incompatible avec Dieu, mais si nous sentons en même temps un désir de nous rapprocher de lui, il vaut la peine de tenter l’expérience de nous laisser accueillir par Dieu. Nous pouvons le laisser prendre soin de nous, en lui ouvrant simplement notre cœur, en lui confiant humblement notre désir de le connaître, et en demandant à l’Esprit Saint de nous accompagner dans cette démarche. Après, il nous aidera à avancer !

 

Suis-je toujours enfant de Dieu ?

Chaque être humain a des traits qui le distinguent et contribuent à son identité. Certaines caractéristiques ne sont pas choisies : on est homme ou femme, blanc ou noir, né de telle nationalité et dans telle culture, on peut être droitier ou gaucher. De même, on peut être hétérosexuel ou homosexuel. D’autres caractéristiques sont le résultat de choix, plus ou moins libres : lieu d’habitation, métier, options politiques, confession religieuse… Choisies ou pas, ces caractéristiques ont leur importance. Notre façon de les habiter, de les vivre construit notre humanité.
La foi nous apprend à découvrir une autre dimension de notre identité, celle d’enfant de Dieu. D’où vient-elle ? Dans l’Évangile, nous voyons Jésus révéler aux hommes, par ses paroles et par ses gestes, que Dieu est Père. En référence à lui, le Fils unique, bien sûr. Mais Dieu est aussi Père pour nous ! La parabole du fils prodigue (Lc 15) nous aide à saisir cette révélation apportée par Jésus. Au-delà de cette nouvelle étonnante, bouleversante, Jésus nous initie, il nous apprend à entrer dans cette filiation nouvelle, notamment quand il nous enseigne à prier en disant : « Notre Père ».
Cette révélation est à accueillir personnellement, et l’Esprit Saint nous est donné pour nous accompagner : « Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions “Abba !”, c’est-à-dire : Père ! » (Rm 8, 15). Cet accompagnement de l’Esprit Saint est nécessaire pour découvrir la paternité de Dieu au-delà des figures parentales que nous connaissons.
Tout ce qui nous constitue par ailleurs – orientation affective et sexuelle notamment – ne peut être envisagé, dans la foi, qu’à partir de cette identité de fils et filles de Dieu. Ne se définir que par l’homosexualité ou ne voir que l’homosexualité chez l’autre, revient à la même erreur de perspective. L’homosexualité n’est jamais le tout de la personne. L’identité d’enfant de Dieu est première. La foi peut à cet égard nous aider à ne tomber ni dans la fascination ni dans la diabolisation (deux formes d’absolutisation) de l’homosexualité.
En retour, être fils et filles de Dieu éclaire toutes les dimensions de notre existence, y compris celles qui concernent notre orientation et notre vie affectives et sexuelles. C’est dans toute notre existence que nous sommes enfants de Dieu, et tout en nous est appelé au salut. En nous découvrant enfants du Père et en laissant cette réalité se déployer en nous, nous avancerons vers une liberté intérieure plus grande, qui nous permettra de faire des choix, de consentir à ce que nous avons à vivre, de poser parfois des renoncements. Nous apprendrons à aimer avec plus de justesse, à respecter les autres, à nous respecter, à trouver notre unité en Dieu.
Être fils et filles de Dieu, c’est donc recevoir une identité comme un cadeau. Mais c’est aussi laisser le baptême reçu nous transformer pour, peu à peu, vivre et aimer à la manière de Dieu et selon l’Évangile, à partir de ce que nous sommes.

 

Accepter mon homosexualité va-t-il m’éloigner de l’Église et de Dieu ?

Pour un chrétien, il n’est pas facile d’accepter son homosexualité : il semble a priori inconciliable d’être à la fois croyant et homosexuel ! Encore faut-il savoir ce qu’on entend par « accepter » : cela signifie-t-il se conformer à une « vie homosexuelle » et changer de vie, ou bien est-ce tout simplement consentir au réel et s’accepter soi-même dans toutes les dimensions de son être, y compris affectives, c’est-à-dire faire la paix en soi ?
Bien des obstacles, pourtant, mettent un chrétien homosexuel dans une position difficile. Il y a d’abord des discours pas toujours faciles à entendre : l’Église considérant l’homosexualité comme étrangère à la « loi naturelle » et la Bible qualifiant les actes homosexuels d’« abomination », comment ne pas croire que Dieu lui-même condamne l’homosexualité ? À première vue, on a toutes les raisons de penser qu’en acceptant son homosexualité, on va s’éloigner de l’Église et donc du Christ. Certes, l’Église rappelle avec force à notre société qu’homosexualité et hétérosexualité ne peuvent être situées sur le même plan ; mais ce faisant, elle n’entend condamner personne, d’autant plus qu’on ne choisit pas son orientation sexuelle. L’Église propose avant tout à chacun d’être en vérité avec soi-même, de ne pas biaiser notre regard sur soi, de ne pas chercher à se dérober au regard de Dieu.
Par suite, on peut avoir peur qu’en s’acceptant, on tombe dans le péché. Mais s’accepter, c’est faire la vérité en soi et devant Dieu ; c’est se reconnaître tel que l’on est, sans se mentir, alors que le péché, c’est le consentement au mal. Oser regarder en face cette part de soi-même qu’on n’osait ou qu’on ne pouvait pas voir, n’est-ce pas ce que nous demande le Christ ?
Une autre raison encore de ne pas accepter son homosexualité peut venir des clichés que nous avons sur celle-ci : je peux avoir peur de me perdre moi-même et de ne pas me retrouver dans certaines représentations de l’homosexualité ; or, s’accepter, c’est tout sauf se perdre !
À l’inverse, on peut se demander si s’accepter homosexuel ne rapproche pas en réalité de Dieu et de l’Église. De Dieu, d’abord, car faire la vérité en soi oblige toujours à changer l’image qu’on a de lui ; en découvrant un Dieu qui, loin de nous rejeter, nous aime tels que nous sommes, nous sommes invités nous-mêmes à nous accueillir. Le Christ est venu partager notre vie, nos difficultés, nos réalités humaines. Il a porté et continue de porter sur chacun un regard d’amour. Il est mort sur la croix pour nous. Il nous aime, indéfectiblement. Nous n’avons pas besoin de changer d’identité ou d’orientation sexuelle pour être aimés de lui. S’accueillir et accueillir son humanité, c’est donc un authentique chemin de foi.
De même, en s’acceptant tel que l’on est et en s’apercevant que l’on n’en est pas moins aimable aux yeux de Dieu, on découvre aussi un autre visage de l’Église, une Église de miséricorde dans laquelle tout homme a sa place. Une Église qui n’est pas d’abord une institution ou une communauté de gens parfaits, mais un peuple d’hommes et de femmes en chemin, en voie de sanctification.
Si l’on peut voir l’Église comme celle qui prononce un jugement moral personnel, on peut la voir aussi comme celle qui nous accueille par les mains des prêtres, des baptisés qui nous ouvrent les bras, nous donnent une parole d’espérance et nous regardent comme leurs frères.
Finalement, l’acceptation, loin d’éloigner de la foi, invite à faire l’unité en soi, à (ré)concilier foi et homosexualité et à ne pas vivre divisé, coupé en deux.

 

Dois-je être continent comme le demande l’Église ?

Si l’on suit rigoureusement ce que demande l’Église, une personne homosexuelle devrait être continente : c’est ce qui est prescrit dans le Catéchisme (§ 2359).
Pour certains, qui veulent vivre en conformité avec ce que leur propose l’Église et qui y parviennent, la continence est un véritable chemin d’épanouissement et de sainteté.
Mais vivre la continence peut ne pas être possible pour tous. Elle est de l’ordre du choix fondamental de vie, voire de la vocation. Ce choix a des implications dans la vie de tous les jours et sur la manière dont on peut – ou non – gérer son affectivité, ses désirs, ses attirances, ses sentiments.
D’ailleurs, les personnes qui décident de rester continentes peuvent témoigner que cela n’est pas un long fleuve tranquille, que cela demande une véritable persévérance et un soutien de la part des autres. En effet, il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir renoncer à toute sexualité. Il convient surtout de faire attention à ce que le choix de la continence ne soit pas une manière de refuser d’apprivoiser une partie de soi ou de ne pas accepter son homosexualité, comprise en ce sens comme un péché.
On mettra en garde ceux qui voudraient être continents « à tout prix », pour suivre les exigences de l’Église, sans prendre le temps de réfléchir à ce choix de vie. Ils tentent alors de tenir dans ce choix, quel qu’en soit le prix et de manière volontariste, ce qui peut générer des tensions intérieures insupportables et provoquer un impact délétère sur les relations avec les autres.
Peut-être ne faut-il pas aborder cette question par le biais de l’injonction et du devoir : « Pour être chrétien et être en conformité avec ce que demande l’Église, tu dois être continent » ; mais plutôt s’interroger sur ce à quoi on est appelé à vivre personnellement par le Seigneur.
Ce que nous demande le Seigneur, ce n’est pas d’abord de suivre des prescriptions morales, mais de choisir la vie. Dans le Deutéronome, il est écrit : « Je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix, en vous attachant à lui ; c’est là que se trouve ta vie, une longue vie sur la terre que le Seigneur a juré de donner à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob » (Dt 30, 19-20).
La question, pour tout chrétien, est donc de savoir ce qui le rend véritablement vivant. Si le fait d’être continent rend joyeux, tourne vers les autres, permet un approfondissement de la vie de foi, alors la continence est un vrai chemin de vie. Mais si cela rend triste, malheureux, infécond, coupé des autres et de soi-même, alors il est essentiel de se rendre compte qu’elle n’est pas un chemin de vie. À l’inverse, si le fait d’avoir des relations avec une personne de même sexe et de l’aimer rend heureux, épanoui, fécond, généreux, dans une relation de qualité avec les autres, alors ce choix de vie porte des fruits qui sont bons pour soi et pour les autres.
Être continent ou non est donc une question de choix de vie. À chacun de prendre le temps de prier, de discerner ce qui est bon pour lui, de se faire conseiller et accompagner, de faire éclairer sa conscience, de décider ce qu’il choisit, de voir ce qui est vie pour lui, puis de pouvoir confirmer son choix en fonction des fruits qu’il porte.
Dans nos vies, rien n’est jamais définitif. Quel que soit le choix que l’on fait en conscience aujourd’hui, il faut accepter humblement que ce choix puisse être différent demain. Nous ne sommes jamais « enfermés » dans nos choix : s’écouter et écouter le Seigneur avec douceur, pour devenir, jour après jour, de grands vivants, c’est finalement la seule chose qui importe vraiment.

 

Puis-je recevoir les sacrements ?

La question des sacrements a resurgi à l’occasion du Synode pour la famille. En Occident, l’accès à la communion des personnes divorcées et remariées civilement a été perçu comme un enjeu important. Des questions sur l’accès aux sacrements peuvent aussi se poser pour les personnes homosexuelles : certains se voient refuser l’absolution parce que leur situation de vie ne correspond pas aux exigences de l’Église ; des difficultés peuvent encore se poser quand le baptême ou la confirmation sont demandés ; d’autres se demandent si, compte tenu de ce qu’ils vivent, ils peuvent encore communier.
Dans l’accès au sacrement, il y a une dimension personnelle et une dimension communautaire et ecclésiale : recevoir un sacrement est une démarche personnelle, libre, à laquelle nul ne peut être forcé. C’est aussi, indissociablement, une démarche qui inscrit le catholique dans une communauté : c’est toujours en Église que l’on reçoit un sacrement. Entre ces deux pôles s’établit une tension le plus souvent dynamisante : on a un projet, et la proposition de l’Église ouvre à un parcours qui va au-delà de ce que l’on imaginait. Mais quand la tension se transforme en impossibilité pour la démarche personnelle de s’accomplir, que faire ?
À chaque fois que c’est possible, on privilégiera le dialogue : se rencontrer, échanger, pour se comprendre, et avancer.
La personne ayant reçu mission par l’Église de discerner en son nom s’attachera à bien connaître celui ou celle qui fait la demande, au-delà des simples questions de forme ou de conformité à la loi de l’Église. Car si l’Église a, au fil de son histoire, réfléchi aux conditions objectives pouvant empêcher l’accès au sacrement, un refus ne peut se limiter à une revue extérieure de conformité. La situation de vie de la personne qui se présente constitue-t-elle une contradiction majeure avec le sacrement ? Quelle est la cohérence de sa vie au vu des critères évangéliques d’ouverture à Dieu, de docilité à l’Esprit Saint, de service des autres, de liens avec une communauté chrétienne ?
De son côté, la personne qui demande l’accès à un sacrement aura à cœur d’entrer dans le dialogue, même si elle peut ressentir d’abord un sentiment d’injustice d’être « limitée » en raison de son état de vie – par exemple quand elle vit en couple avec une personne de même sexe. Elle essaiera de comprendre les raisons qui font problème. Ce processus représentera pour elle un appel à croire, à faire confiance – parfois dans une certaine durée. Mais Dieu ne reste pas sourd quand on l’appelle avec persévérance. Il répondra, d’une façon ou d’une autre.
On peut éprouver un authentique désir de pardon de Dieu, ou de communion au Corps du Christ. Pour autant, il n’y a pas de « droit aux sacrements » : face à l’amour et à la grâce de Dieu qui se manifestent dans les sacrements, nul ne peut se prétendre en mesure de revendiquer quoi que ce soit.
De leur côté, les responsables ecclésiaux accueillant des demandes de sacrement ont à peser les enjeux et à mesurer les conséquences de priver quelqu’un de la grâce des sacrements. De ce point de vue, deux attitudes coexistent peu ou prou dans l’Église aujourd’hui : il y a ceux pour qui une vie relativement cohérente avec les normes de l’Église est un préalable pour que les sacrements soient donnés en vérité ; et ceux pour qui les sacrements constituent une nourriture salutaire permettant d’avancer sur le chemin de Dieu.
Dans le cas où une personne décide, par fidélité aux recommandations de l’Église, de ne pas recevoir les sacrements, elle pourra trouver dans ce choix une cohérence lui permettant de vivre paisiblement sa relation à Dieu et aux autres. Mais si ce choix vient en fait conforter des scrupules qui l’empêchent d’être en paix, on l’encouragera à partager cela avec quelqu’un de compétent pour l’aider à voir clair dans ce qui se passe en elle-même. Des scrupules peuvent être l’indice de quelque chose à démêler, pour un ajustement plus grand avec Dieu. Deux remarques pour prendre un peu de recul :
– On n’oubliera pas que, si les sacrements ont une fonction importante, ils ne constituent pas le seul canal par lequel passerait la grâce de Dieu. Celle-ci est donnée dans l’écoute de la Parole, dans la prière, dans le partage avec d’autres… L’Esprit souffle où il veut (cf. Jn 3, 8). La vie chrétienne n’est pas entièrement conditionnée par les sacrements et, selon la formule de saint Thomas d’Aquin, « Dieu n’est pas lié aux sacrements ».
– L’Église a réfléchi au long de son histoire à ce qui lui semble nécessaire pour que les sacrements soient reçus dans une certaine cohérence et vérité. Or, on peut observer des évolutions : si le baptême, à une époque ancienne, n’était donné qu’aux adultes, parfois même au moment de la mort, aujourd’hui il est donné aux petits enfants ; de même, le sacrement des malades n’était donné qu’à l’article de la mort, alors qu’aujourd’hui il est administré en toute situation de problèmes de santé grave, comme un soutien efficace de Dieu pour traverser une épreuve. L’Église, guidée par l’Esprit Saint, développe de façon incessante sa réflexion et sa compréhension du mystère de Dieu – ce qui peut l’amener à ajuster certaines pratiques dans l’administration des sacrements.

 

Que faire si un prêtre me refuse un sacrement ?

Se voir refuser un sacrement est ressenti comme une humiliation terrible accompagnée d’un sentiment d’injustice. On se trouve soudain comme rejeté par l’Église, qui devrait être notre Mère et prendre soin de nous. Certains s’en scandalisent au point de rompre définitivement avec l’Église, si ce n’est même avec la foi, puisque ce rejet de la part des ministres de Dieu peut être compris comme un rejet de la part de Dieu.
Pourtant, n’accusons pas trop vite ces prêtres d’homophobie, comme on l’entend parfois. Ils doivent eux aussi s’en tenir à ce que leur conscience dicte, en fonction de ce que leur formation, leur approche théologique – ou parfois leur manque d’information – leur permet de comprendre de la situation.
Il n’y a pas de droit aux sacrements : ils sont toujours pure grâce. L’amour de Dieu révélé et manifesté en Jésus Christ se penche, touche, investit un pécheur, l’élève jusqu’à lui, pour lui donner, gracieusement, de participer à sa plénitude, en le configurant de jour en jour davantage à lui, jusqu’à atteindre la perfection de la stature du Christ. Mais l’Église, pour administrer les sacrements, a fixé certaines règles.
Il est clair que le baptême, qui ouvre la porte de la foi, suppose une conversion, autrement dit un retournement intérieur, un détournement face au mal, au péché, de la part du candidat qui se présente. La confirmation, qui perfectionne le don de l’Esprit, suppose une réelle ouverture et disponibilité à son action, manifestée par un engagement de vie cohérent. L’eucharistie doit être reçue « en état de grâce », dans un cœur éloigné de la contamination du péché grave (c’est-à-dire commis dans une matière grave, en pleine connaissance de cause et avec un entier consentement). Le sacrement de réconciliation suppose une conversion et un engagement à mener une vie conforme à l’Évangile autant que cela est possible.
Dans cette optique, il existe une option dure : certains pasteurs, qui se veulent gardiens de la loi, considèrent non pas tant les personnes homosexuelles que celles qui s’adonnent à la pratique d’actes homosexuels comme indignes des sacrements en général, à moins d’une conversion vécue sous la forme d’un abandon complet, radical et définitif de ceux-ci.
Il existe aussi une attitude plus pastorale où, au cas par cas, le pasteur, en bon berger qui connaît ses brebis, ne peut concevoir de les laisser sans secours ou assistance : pour chacune, le Christ a livré sa vie ; il les appelle toutes au salut. Puisque les sacrements sont donnés par pure grâce à des pécheurs pour les aider à se laisser transformer par l’amour de celui qui veut les sauver, le pasteur ne saurait envisager de les refuser à des personnes homosexuelles, même ayant des relations sexuelles ; en même temps, il les invitera à un cheminement honnête, aux exigences réelles, sérieuses et proportionnées.
C’est cette attitude que le pape François recommande avec force : il appelle ainsi les prêtres à être attentifs à la complexité de certaines situations et à la souffrance des personnes, il privilégie la miséricorde, reconnaît qu’une personne qui vit dans une situation objective de péché n’en est pas forcément responsable et peut grandir dans la grâce et dans la charité. Il « rappelle que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais un lieu de la miséricorde du Seigneur » (Evangelii Gaudium, 44) et que « l’Eucharistie n’est pas un prix destiné aux parfaits mais un généreux remède et un aliment pour les faibles » (id., 47). N’oublions jamais que Jésus est « venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs » car « ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades » (Mc 2, 17).

 

L’amour entre deux personnes de même sexe est-il chemin vers Dieu ?

Bien que la vie de couple homosexuel ne soit pas reconnue comme vocation, contrairement au mariage chrétien, il faut admettre qu’elle est pour beaucoup un chemin d’équilibre et d’humanisation, là où la vie de célibataire est parfois vécue de manière déséquilibrée, voire mortifère.
Certains estiment cependant qu’on ne peut pas parler d’amour réel entre deux personnes de même sexe dans la mesure où l’altérité y serait manquante. Il convient sur ce point de ne pas réduire l’altérité à la seule différence sexuée. L’autre, qu’il soit de même sexe ou non, reste un être tout à la fois étonnant et mystérieux, et c’est précisément cela qui aimable, digne d’être aimé. La question – d’ordre moral, valable pour tout couple – est plutôt de savoir si cet amour est le lieu d’un réel travail d’altérité ou si, au contraire, il tend à nier les singularités dans l’illusion d’une relation fusionnelle.
Peut-on pour autant parler d’un amour au sens chrétien du terme ? Pour cela, il faut avant tout se rappeler que l’amour de Dieu nous dépasse infiniment. Nous n’aurons jamais fini d’approfondir ce mystère d’un Dieu qui nous aime sans mesure, de la manière la plus infaillible et la plus inconditionnelle qui soit. Aucun amour humain n’est à la hauteur du don que Dieu nous fait. « Aime autant que tu le veux, écrit saint Augustin, tu n’exagéreras pas. Pour l’amant de Dieu, la mesure est d’aimer sans mesure . » Nous attestons dans le même temps que tout amour, même blessé et imparfait, est déjà signe de la présence de Dieu.
En reconnaissant en l’amour de Dieu la source de leur amour, et en choisissant de mettre le Christ au cœur de leur relation, les personnes homosexuelles font de leur couple un lieu pour cheminer dans la foi. L’amour de dieu devient pour le couple la source d’un plus grand bonheur mais aussi d’une plus grande exigence de vie. Le Christ nous commande en effet d’aimer comme il nous aime (Jn 13, 34), c’est-à-dire d’une manière parfaite. Certains peuvent entendre à travers cet idéal radical une invitation à ne pas s’engager dans une vie de couple ; mais cela n’implique pas qu’on ne puisse être porteur de cette exigence de radicalité au sein même d’une relation d’amour particulière avec quelqu’un, fût-il du même sexe. S’il s’agit d’aimer « comme » Dieu, il convient toujours de le faire avec ce que nous sommes, à travers toutes les dimensions et les particularités de notre personnalité – affectives, spirituelles, intellectuelles : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mc 12, 30-31). Chacun de nous est ainsi appelé à entrer de plus en plus dans une communion d’amour authentique avec Dieu, et à trouver les moyens d’incarner cet amour qui nous dépasse au sein de nos relations humaines.
Pour autant qu’il ne se réduise pas à un simple sentiment amoureux, l’amour entre deux personnes de même sexe peut donc être une manière de répondre à l’appel de Dieu : un choix d’être pour l’autre le visage concret de l’amour même de Dieu. De l’accueil de l’autre dans ses différences, du don de soi, du choix de la fidélité, du dialogue et du pardon peuvent naître une réelle complémentarité et une vraie fécondité humaine, sociale et spirituelle. En tout cela, nous pouvons déceler des signes d’Évangile.

 

L’homosexualité peut-elle être féconde ?

Dans le langage courant, la fécondité est souvent comprise comme la capacité à avoir des enfants, à transmettre biologiquement la vie. La fécondité est plus large que la fertilité : ceux qui n’ont pas d’enfant peuvent être féconds, et inversement, des parents peuvent ne pas avoir de vraie fécondité… Il faut donc élargir notre regard.
Qu’est-ce qu’être fécond alors ? Il s’agit bien de transmettre la vie, mais au sens large : la partager avec d’autres, la faire découvrir, la faire aimer, la rendre belle. C’est à cela que nous sommes tous appelés. Pour autant, les chemins de la fécondité ne sont pas écrits à l’avance. On peut être fécond de multiples façons : bien sûr comme parent, en accompagnant ses enfants, mais aussi comme parrain ou marraine, dans des relations d’amitié profonde et vraie, dans l’engagement d’une vie de couple, dans des engagements familiaux, associatifs, ecclésiaux… Chacun est donc appelé à réfléchir à cette dimension de son existence : comment aujourd’hui puis-je « donner la vie » autour de moi ?
La question de la fécondité n’est donc pas étrangère aux personnes homosexuelles. Un désir authentique de fécondité humaine et spirituelle se fait jour chez beaucoup, les amenant à s’engager auprès de personnes en difficulté, de détenus, de personnes handicapées, mais aussi au service de l’Église, notamment au sein de leur paroisse.
Ce n’est pas tant l’homosexualité elle-même qui est féconde que l’accueil de soi, dans la mesure où il permet à la grâce de Dieu de se déployer. Bien souvent, le sentiment d’indignité, la peur du jugement des autres ou de Dieu, ou encore le rejet de soi font de l’homosexualité un lieu de stérilité. Mais tout change lorsque cette différence est accueillie : s’accepter soi-même ou être accepté permet bien souvent de s’ouvrir à l’amour de Dieu et de découvrir son vrai visage ; et inversement, prendre conscience que Dieu nous aime tels que nous sommes ouvre les portes d’une saine acceptation de soi, laquelle ouvre sur des relations plus vraies et un accueil plus authentique de l’autre. Apprendre à bénir la terre dans laquelle on a été planté est toujours source de grâce et de fécondité.
C’est effectivement au cœur des réalités de vie les plus concrètes que le Christ vient rejoindre tout homme, tel qu’il est. Tout l’enjeu est d’accepter ou non d’ouvrir notre intimité à la sienne, et d’entrer dans la communion d’amour qu’il partage avec le Père. C’est à cette condition que nous pouvons réellement porter du fruit, comme le rappelle Jésus : « Je suis la vigne, vous êtes les sarments : celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5).
De nombreux récits bibliques montrent comment Dieu fait de nos stérilités les lieux privilégiés de sa fécondité. C’est toujours la femme stérile qui donne naissance à l’enfant qui assurera la promesse divine, et c’est souvent l’enfant le moins « gâté par la vie » qui devient source de fécondité. Le cantique d’Anne (1 S 2, 1-10) souligne combien Dieu vient toujours inverser nos valeurs : « Quand la stérile enfante sept fois, la femme aux fils nombreux dépérit » (1 S 2, 5). C’est ce que l’on trouve également dans les Psaumes, quand il est dit que Dieu « installe en sa maison la femme stérile, heureuse mère au milieu de ses fils » (Ps 112, 9), « car rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1, 37). Le personnage central de ces histoires est donc Dieu, sans qui la fécondité est impossible. Dieu fait ainsi reverdir même nos déserts : « Les pauvres et les malheureux cherchent de l’eau, et il n’y en a pas ; leur langue est desséchée par la soif. Moi, le Seigneur, je les exaucerai, moi, le Dieu d’Israël, je ne les abandonnerai pas. Sur les hauteurs dénudées je ferai jaillir des fleuves, et des sources au creux des vallées. Je changerai le désert en lac, et la terre aride en fontaines. Je planterai dans le désert le cèdre et l’acacia, le myrte et l’olivier ; je mettrai ensemble dans les terres incultes le cyprès, l’orme et le mélèze, afin que tous regardent et reconnaissent, afin qu’ils considèrent et comprennent que la main du Seigneur a fait cela, que le Saint d’Israël en est le créateur » (Is 41, 17-20).

 

La vocation à la sainteté concerne-t-elle aussi les personnes homosexuelles ?

Par le baptême, nous sommes appelés à devenir saints. Mais de quoi parlons-nous lorsque nous utilisons le mot « saint » ? Il ne s’agit pas ici d’un appel à une conformité aux règles ou à une perfection morale (ma sainteté, construite par mes efforts, mes mérites). Nous sommes au-delà du registre du « pur » et de l’« impur », ou de celui du « mérite ». La sainteté se comprend dans l’ordre de l’amour : c’est une réponse d’amour à un amour reçu, car Dieu, le premier, nous a aimés (1 Jn 4, 19). Être saint, c’est donc avant tout nous laisser aimer par Dieu, et nous laisser habiter par lui, qui seul est Saint (Ap 15, 4). C’est sa sainteté qui nous transforme et nous sanctifie.
Nous n’avons donc pas à être des héros, prêts à nous fixer des objectifs hors d’atteinte. Être saint, ce n’est ni être parfait dès maintenant, ni atteindre la perfection par soi-même. Plus qu’à des efforts pour rejoindre Dieu, nous sommes appelés à nous ouvrir à ce Dieu d’amour qui lui-même nous rejoint : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi » (Ap 3, 20). Notons bien que Dieu vient nous rejoindre là où nous demeurons, quel que soit l’état – bien rangé ou délabré – de notre espace intérieur. Une juste et humble acceptation de soi-même, y compris dans sa dimension homoaffective, est donc une nécessité pour qui souhaite accueillir le Christ en sa vie. Et paradoxalement, la volonté d’être saint peut faire obstacle à l’accueil du Christ, dans la mesure où elle serait une manière de nous rêver en un lieu où nous ne sommes pas.
La sainteté peut donc être comprise comme une façon d’ouvrir totalement les portes de sa vie au Christ, jusqu’à pouvoir dire comme saint Paul : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20). Cette radicalité peut faire peur, notamment pour certains homosexuels craignant qu’en remettant leur vie au Christ, ce dernier les prive de l’épanouissement affectif auquel ils aspirent. Il y a sans doute ici un saut à faire dans la confiance, par-delà peut-être les représentations erronées d’un Dieu qui exige le sacrifice plus qu’il n’apporte le bonheur. C’est ce que souligne avec force Benoît XVI : « En quelque sorte, n’avons-nous pas tous peur – si nous laissons entrer le Christ totalement en nous, si nous nous ouvrons totalement à lui –, peur qu’il puisse nous déposséder d’une part de notre vie ? […] Non ! Celui qui fait entrer le Christ ne perd rien, rien – absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande. Non ! Dans cette amitié seulement s’ouvrent tout grand les portes de la vie. […] N’ayez pas peur du Christ ! Il n’enlève rien et il donne tout. Celui qui se donne à lui reçoit le centuple. Oui, ouvrez, ouvrez tout grand les portes au Christ – et vous trouverez la vraie vie . »
Si la sainteté prend la forme d’une dépossession de soi, ce n’est donc pas en vue de se perdre, mais bien de faire fructifier la vie en soi, et autour de soi, comme il en est du grain de blé appelé à mourir pour germer et porter du fruit (Jn 12, 24).
Suis-je prêt à laisser le Christ transformer chaque acte de ma vie en une réponse d’amour à l’Amour du Père ? C’est la réponse à cette question qui est décisive. Et c’est sur cette base que l’on peut être saint en étant homosexuel. Il n’y a donc pas de chemin prétracé de sainteté, mais une multiplicité de chemins possibles, qui se laissent découvrir dans le discernement, jour après jour, pas après pas, au sein de nos réalités de vie concrètes, habitées par le Christ. En nous laissant travailler par lui, nous devenons de plus en plus semblables à son image, de plus en plus ses frères et ses sœurs. Et même si nous ne le percevons pas toujours immédiatement, nous pouvons nous en rendre compte par les fruits que l’Esprit nous donne de porter : « Amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi » (Ga 5, 22-23).