Réaction de Samuel à la note sur la bénédiction des unions homosexuelles

Incompréhension. C’est le mot qui m’est venu lorsque j’ai découvert ce « responsum » de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Pourquoi ça ? Pourquoi maintenant ? Dans le fond, la position du Magistère n’a rien de neuf. Elle ne m’étonne tristement pas. Ces textes dont il est fait référence dans cette note, j’en avais pour la plupart déjà pris connaissance il y a 25 ans, quand j’ai pris conscience de mon homosexualité. J’avais alors 15 ans. A l’époque, ils m’avaient plongé dans un profond désarroi. On m’avait toujours dit que Dieu était Amour. Comment comprendre alors qu’aimer selon mon coeur, c’était pécher ? Comment comprendre que la seule voie pour moi serait de vivre un célibat forcé en « unissant mes souffrances au sacrifice de la Croix du Seigneur » ? Comment ne pas profondément douter de moi et de l’Amour de Dieu ? Malgré tout, j’ai fait le choix de rester dans l’Eglise, parce que c’est en elle que s’enracinait ma foi.

Depuis lors, beaucoup de choses ont changé. J’ai appris à bénir ma terre plutôt qu’à la rejeter. J’ai appris à aimer, à refaire confiance à ma conscience. A travers de nombreux combats intérieurs, ma foi s’est aussi considérablement approfondie, et je regoûte peu à peu l’Amour de Dieu pour moi. Mes parents eux-mêmes ont fait un chemin incroyable.

De son côté aussi, l’Eglise a beaucoup changé. En quelques années, j’ai perçu qu’elle se laissait réellement interpeler par cette question, et qu’elle tendait l’oreille à notre réalité, comme si elle sortait enfin d’un monologue séculaire. Avec François, l’approche est devenue plus pastorale, plus dialogale. Il y a eu en 2013 cette invitation détonante à « ne pas juger » – le message est celui de Jésus, mais comme il me paraissait incroyable dans la bouche d’un pape ! Il y a eu aussi l’élan du Synode pour la famille, et cette attention nouvelle pour les « périphéries ». De nombreux évêques ont mis en place un accueil spécifique pour les personnes homosexuelles…

Et puis, il y a quelques jours, cette note du Vatican. Comme un douloureux retour en arrière. Parmi mes amis chrétiens homosexuels, les réactions sont multiples. Mais tous sont blessés et dans l’incompréhension. Ceux et celles qui demandent à l’Eglise une bénédiction de leur amour ne le font pas pour une histoire de belle robe ou de beau costume. S’ils ont le courage de faire cette démarche, c’est parce qu’ils veulent résolument mettre Dieu au cœur de leur relation, et parce qu’ils voient en Lui la source de leur amour. Ils demandent à l’Eglise d’en être le témoin : elle leur répond par communiqué officiel que « Dieu ne bénit pas le péché ».

Une partie de moi se dit qu’en réaffirmant de cette manière sa doctrine, l’Eglise cherche probablement  à maintenir sa fragile unité. Mais c’est au prix de ceux-ci ou de celles-là, qui s’en iront blessés et dans l’incompréhension. Cela, il me semble que les évêques de Belgique – entre autres – l’ont bien compris. Leur réaction, et singulièrement celle de Mgr Bonny, remet un peu de baume pastoral là où les blessures sont bien présentes. Je leur exprime ma reconnaissance pour leur courage.  Pour ma part, et pour celle de la très grande majorité de mes amis concernés, cette note ne changera rien. J’y réponds par la prière et avec les mots de la petite Thérèse : « J’ai trouvé ma place dans l’Eglise, et cette place, O mon Dieu, c’est vous qui me l’avez donnée : dans le cœur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’Amour ».

Samuel

Membre de l’association « Devenir Un en Christ »