Repères pastoraux

Des repères pastoraux pour l’accueil d’une personne homosexuelle

 

On trouvera ci-dessous quelques repères destinés à ceux qui sont amenés à accueillir des personnes homosexuelles dans le cadre d’une mission pastorale ou à titre privé.

 

En préambule, on rappellera que l’homosexualité n’est pas un choix, c’est un fait qui s’impose dans la vie d’une personne. L’homosexualité n’est pas non plus un péché en soi et on ne saurait reprocher à quelqu’un d’être homosexuel ni porter sur lui le moindre jugement à cause d’une tendance qui ne dépend pas de lui. C’est là un fait pour lequel il ne peut rien et qu’il lui faut prendre en compte dans sa vie, d’une manière ou d’une autre.

 

1. Quand une personne homosexuelle vient nous trouver ou demande à être accueillie, il faut d’abord avoir conscience qu’elle a peut-être mis des mois à se décider à faire une telle démarche. Certains, se sachant hors des « normes » de l’Église, hésitent souvent à aller trouver un prêtre ou un agent pastoral, tant ils s’imaginent qu’ils seront jugés, voire rejetés. Il faut donc être très délicat dans l’accueil, car le moindre mot de jugement sera ressenti d’autant plus douloureusement que l’accueillant est considéré comme un témoin de l’amour de Dieu. Pour cela, il faut éviter tout discours général ou moralisateur, éviter les termes qui culpabilisent. Mieux vaut encore proscrire tout ce qui est de l’ordre de l’investigation et faire preuve de pudeur et d’humilité.

 

2. Il est important de remettre les choses à leur juste place : l’homosexualité n’est pas le tout d’une vie. On peut demander à la personne quels sont ses centres d’intérêt, ses compétences, ses qualités, pour lui faire découvrir en elle une richesse beaucoup plus large. Il est bon de mettre en valeur la beauté de la personne, surtout quand on sent qu’elle se mésestime. Il est essentiel de faire comprendre que tout homme, toute femme est d’abord un enfant de Dieu, quelle que soit son orientation sexuelle.

 

3. Dans un premier temps, il n’est pas nécessaire de parler de la position de l’Église sur l’homosexualité, des textes durs de la Bible, etc. Pourtant, il est fréquent que des personnes très culpabilisées tiennent à aborder le sujet, parce que c’est ce qui a nourri leur sentiment de culpabilité. Pour certains, cette culpabilité les a même poussés à y revenir fréquemment, et ils connaissent très bien ces textes.
Dans ce cas, que dire ? La plupart du temps, il est inutile d’entrer dans un examen détaillé ; ce n’est pas l’attente profonde de la personne. Quand la culpabilité étouffe, il faut plutôt ouvrir des « fenêtres » de respiration, des perspectives libératrices :

 

– À propos du Catéchisme, il est inutile d’insister sur les termes tels que « dépravation grave » ou « intrinsèquement désordonnés », mais on peut, par exemple, signaler la loi de gradualité (« s’approcher, graduellement et résolument, de la perfection chrétienne »). Être saint, ce n’est pas être parfait aujourd’hui, mais se demander ce qu’il est possible de faire pour grandir. Prendre conscience de cela est souvent pacifiant. À d’autres, on peut montrer que les actes homosexuels sont dits « désordonnés » et non pas coupables : le Catéchisme ne se prononce pas sur la culpabilité de la personne qui commet ces actes ; c’est une distinction éclairante.

 

– À propos de la Bible, on peut d’abord indiquer qu’elle parle peu de l’homosexualité. Mais ce qui s’y trouve est dur à entendre. Or, la Bible est tout entière parole d’un Dieu d’amour sauveur et non sentence d’un juge condamnateur. On rappellera que l’épisode de Sodome n’a rien à voir avec une condamnation de l’homosexualité ; il s’agit dans le texte de viol et de manque d’accueil. Il faut pouvoir remettre les Écritures dans leur contexte : à l’époque de la rédaction des textes bibliques, l’orientation homosexuelle n’était pas une donnée connue. Les textes de saint Paul ne concernent donc pas des personnes qui se découvrent homosexuelles, mais des hétérosexuels qui se livrent à des pratiques homosexuelles. Or, pour un jugement moral, c’est très différent : la liberté n’est pas la même, la motivation non plus ! Il faut encore rappeler que, pour Paul, la grâce du Christ vient transformer tout croyant et effacer toutes les différences actuelles, de sorte qu’il n’y a plus ni juif ni Grec, ni homme ni femme, mais nous sommes tous enfants de Dieu. Une personne culpabilisée aura tendance à ramener son homosexualité à une liste de péchés et à une condamnation, négligeant cette vraie pointe de Paul : l’amour de Dieu proposé à tous.

 

– L’Église, enfin, est vue par certains comme une « ennemie » ou une contrainte opposée à l’épanouissement de l’homme. Il faut alors montrer qu’être chrétien, ce n’est pas d’abord remplir un certain nombre de règles, mais répondre à un appel, à une proposition de vie qui tient compte de tout ce que nous sommes. L’Église n’est pas parfaite, même si elle est experte en humanité. Elle est composée d’hommes et de femmes qui sont eux-mêmes en chemin, et l’homosexualité est un mystère que l’Église explore à la lumière de la foi et de l’expérience humaine. D’autre part, l’Église n’est pas que « l’institution » à qui il est facile de faire des reproches : c’est aussi tel prêtre qui accueille avec bonté, et c’est même chacun de nous.

 

4. Il peut arriver que certains se situent dans le registre de la tentation, de la damnation, etc. Il est alors bon de rappeler que la vraie tentation ne se porte pas sur un acte sexuel commis ou non : elle consiste à faire perdre l’espérance en la miséricorde de Dieu, pour nous couper de lui. C’est pourquoi on peut insister sur tout ce qui permettra de garder Dieu présent dans la réalité de notre vie : la prière, la participation à l’eucharistie, les sacrements…

 

5. Être chrétien, ce n’est pas être un héros, mais mettre un pas devant l’autre à son rythme, à la suite du Christ. Le moindre pas en avant est grand aux yeux de Dieu. Nous pouvons alors chercher avec la personne quel pas concret elle peut faire pour grandir. C’est particulièrement important pour ceux qui se mésestiment : voir qu’on est capable d’avancer restaure l’estime de soi.

 

6. On peut encore proposer à la personne accueillie de réfléchir à une fécondité possible dans sa vie. Donner un projet, c’est rendre une espérance. Il convient de montrer que, même s’il y aura toujours une tension dans notre vie, celle-ci peut aussi être un tremplin, car elle nous oblige à trouver un chemin de vie personnel, une fécondité.

 

7. Voici enfin quelques demandes plus spécifiques qui peuvent être adressées :

 

– Certains auront besoin d’une aide spirituelle (prière, fréquentation des sacrements) ou d’un accompagnement ; il s’agira de les orienter au mieux pour qu’ils puissent trouver un prêtre, un religieux susceptible de les accueillir avec délicatesse.

 

– D’autres pourront trouver un soutien dans un groupe pour partager cette dimension de leur personne avec d’autres ; il est bon d’avoir les coordonnées d’associations ou de sites, des dépliants à donner.

 

– D’autres encore auront besoin d’une démarche thérapeutique ; on sera prudent et on veillera à les aider à discerner pour que cette démarche ne les blesse pas davantage mais au contraire les ouvre à la vie et les fasse grandir en humanité. On les orientera vers des thérapeutes ouverts et bienveillants.

 

Un entretien est « réussi » si la personne accueillie repart soulagée d’avoir pu déposer son histoire, heureuse de se découvrir plus belle qu’elle ne le pensait, avec une espérance et la conviction que Dieu l’aime telle qu’elle est.