Noël Simard est professeur de théologie morale et d’éthique et directeur du Centre d’éthique à l’Université Saint-Paul d’Ottawa.
Peut-on établir les causes de l’homosexualité? Poser cette question c’est déjà, pour plusieurs, insinuer que l’homosexualité fait problème. S’interroge-t-on sur les causes de l’hétérosexualité? Essayer d’établir la cause de l’homosexualité, n’est-ce pas chercher à porter un jugement social, politique ou éthique? Ne serait-ce pas là une perspective basée sur des valeurs? Ainsi derrière l’explication génétique, n’y-a-t-il pas l’idée implicite que si c’est génétique, ce n’est pas un choix, et dès lors, le comportement homosexuel n’est pas à blâmer! Il semble maintenant bien établi qu’il n’y pas vraiment une « caus » unique de l’homosexualité. Il est préférable de parler de facteurs qui contribuent à la naissance et au développement de cette réalité, car les origines de notre orientation sexuelle – qu’elle soit hétérosexuelle ou homosexuelle – s’enracinent profondément dans nos premières expériences et reflètent une convergence de plusieurs circonstances biologiques, psychologiques et sociologiques. Même en inventoriant soigneusement les données des sciences humaines, il est difficile d’analyser les causes de l’homosexualité. La question que l’on doit se poser, c’est davantage celle-ci :comment l’orientation sexuelle se développe-t-elle? Plusieurs théories ont été proposées pour expliquer le développement de l’orientation homosexuelle. On peut les regrouper en théories génétiques, hormonales, neuro-anatomiques et environnementales.
L’évidence que la génétique est présente dans le développement de l’orientation sexuelle est aujourd’hui forte. De nombreuses études sur la famille, sur des jumeaux identiques, sur l’adoption et sur la génétique moléculaire – on parle même du gène XQ28 comme lieu de la base génétique de l’orientation sexuelle – ont montré que la génétique joue un rôle déterminant dans l’orientation sexuelle masculine. Cependant ce n’est pas le seul facteur. Il faut une interaction avec d’autres facteurs inconnus – biologiques ou environnementaux. Jusqu’à quel point la génétique joue un rôle et comment détermine-t-on une orientation sexuelle : voilà des questions qui demandent plus de recherche. Quant à la théorie hormonale, le niveau hormonal déterminerait le niveau d’intérêt pour le sexe mais non le type de personne avec qui on désire avoir une relation sexuelle. Les recherches faites sur des hommes homosexuels décédés (principalement du sida) ont fait miroiter pour un temps la théorie neuro-anatomique mais cette idée que l’orientation serait déterminée par une structure spécifique du cerveau n’est pas concluante. Les théories environnementales qui regroupent les théories psycho-analytiques, socio-environnementales et expérientielles sont bien connues. Ainsi, la perspective psychoanalytique (qui origine de Freud) suggère que l’homosexualité masculine découlerait d’un développement psycho-sexuel dû à une mère dominatrice et à un père soumis. Les théories socio-environnementales proposent comme facteurs un cadre familial pertubé ou les difficultés à appprendre son rôle social propre. Encore là les facteurs environnementaux jouent un rôle mais ce qui reste à déterminer, c’est quel facteur et jusqu’à quel point.
Quelles conclusions peut-on tirer de ces recherches sur les « causes »? Il est clair que les recherches ont des conséquences sur les attitudes des professionnels. Par exemple, les psychologues, et même les experts en psychanalyse, endossent de plus en plus la théorie de l’hérédité génétique comme premier agent causal. D’autres contestent ces recherches mais certains les favorisent pour promouvoir et défendre les droits des personnes homosexuelles.
Enfin, selon certains, les chercheurs ont des partis-pris et veulent favoriser leur profession. Ainsi, si l’homosexualité est un défaut ou une dysfonction, les recherches serviront à développer des traitements pour prévenir l’homosexualité ou la réorienter.
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