LA RETRAITE VECUE A L’ABBAYE DE TAMIE

du 7 au 12 août 2010, prêchée par Le Père Bernard MASSARINI

accompagné du Père Bernard VITSE

“Par ses blessures, nous sommes guéris” 1 Pierre 2,24

 

tamie

1) Témoignage de Bernard

Le vallon de Tamié inondé de soleil accueillait les aventuriers du pèlerinage intérieur qui allait commencer. Ce sont les taxis arrivant de Chambéry qui ont déversé les retraitants, puis quelques voitures ont prolongé le ballet des arrivées.
“ [J’ai] le sentiment de vivre en harmonie avec tout ce qui existe. Je n’accepte pas encore toutes les contradictions multiples de cette vie, je les accepte par l’esprit, mais non par le cœur de mon être… Car cela est aussi une prouesse : être vraiment, intimement heureux, accepter le monde de Dieu et en jouir, sans être détourné par toute la souffrance qui le contient. C’est un gâchis tellement affligeant… Si peu de véritable rayonnement et joie de vivre… Voilà ta maladie : tu veux enfermer la vie dans des formules personnelles. Tu veux que ton esprit embrase tous les phénomènes de cette vie, au lieu de te laisser toi-même embraser par la vie”…
C’est “Etty HILLESUM, l’espace intime du monde” qui ouvrait notre retraite. Une création qui venait faire sa première, en cadeau aux frères de l’abbaye, qui était donné dans l’église.
Chacun a ensuite pris possession de la cellule qu’il allait habiter durant son séjour. Après le repas en silence qui, comme tous les autres, nous permettra de partager avec la vingtaine de retraitants cet espace de repos pour nous recréer, un rapide tour de table, dans un salle voisine, a permis à chacun de se présenter, en disant d’où il venait et en racontant un moment heureux de sa journée.
La fatigue de l’année, les craintes sur ce temps à vivre, étaient perceptibles sur les visages des uns et des autres. C’est à dix-huit que nous nous sommes embarqués dans l’aventure (seize et deux prêtres).
Le dimanche, le désert qu’est ce vallon retiré, s’est empli : plus de 300 personnes ont célébré la messe avec les moines : un temps dont on ressort apaisé et fort pour poursuivre notre voie. Dès lundi, deux temps d’enseignement rythmaient nos journées : le matin, l’écoute d’un texte biblique et en début d’après-midi, un court temps d’enseignement aidé d’un texte pour approfondir la dimension abordée le matin. La journée suivait les temps de la communauté des frères. Tout au long de notre présence, ils sauront, par une discrète et toujours efficace présence, dans les intentions de prières, les homélies, la qualité du service, nous témoigner une grande proximité. Ils nous offraient un espace de silence pour nous poser et être reçus dans notre aventure de recréation intérieure au contact de Dieu. Bernard nous a proposé de regarder, non pas la douleur de Jésus, mais comment les plaies qu’il portait, pouvaient pour nous, devenir les sources de la guérison intérieure de nos existences.
Certains ont souri d’entendre chanter le coq dès 4h du matin : le tintement des cloches, les frères ayant leur premier office au cœur de la nuit.

C’est celui de 7h qui nous regroupait pour chanter les louanges, immédiatement suivi de la messe. Puis ce sont de courts offices le matin, à midi, et l’après-midi qui marquaient nos ruptures de rythme, avant celui de vêpres et celui de la fin de la journée à 20h 30 qui s’achève dans l’église tout en obscurité, seule une lumière posée sur la Vierge.
Chaque soir, un temps en deux équipes, autour de Bernard (qui donnait les enseignements) et Bernard (l’accompagnateur du groupe de Picardie) permettait de partager les fruits de la méditation de la journée avec les frères et sœurs retraitants.
La dernière soirée : c’est ensemble, après le dernier office que les frères ont mis l’église à notre disposition, pour qu’ensemble, nous puissions adorer le Seigneur et lui confier les demandes que nous pressentions nécessaires pour notre vie.
Jeudi matin : un dernier enseignement nous renvoyait dans la plaine, dans nos plaines : goûter la présence de la miséricorde de Dieu dans notre quotidien. Le bilan qui a suivi, après un dernier temps de silence, a donné à tous d’exprimer leur joie, la paix retrouvée, ou d’offrir leurs visages lumineux de sourire, et de partager la paix qu’ils avaient retrouvée en entendant à nouveau leur petite musique intérieure tinter clairement. Une eucharistie, vécue entre nous, les frères ayant leur journée de ‘désert’, nous a permis de repartir avec nos sacs sur le dos. Des sacs, les mêmes qu’à l’arrivée, mais dont l’agencement alors trouvé, nous permettait de les porter plus aisément. Isabelle, du groupe DUEC d’Annecy, nous avait rejoints, puis a partagé le repas avec tous.
Serait-ce cette marche à la suite de Jésus dans sa présence à ses amis après sa résurrection : lorsqu’il les invitait à revisiter la mémoire de leur histoire, à déposer leur compréhension non ajustée du monde, à se dessaisir de relations trop possessives, à vivre la démarche du pardon dans la force de l’Esprit ?
Serait-ce la beauté du chant durant les offices ? La joie des saveurs durant les repas ? La paix de nous sentir différents mais tous en communion ? Tous disent que ce temps a vraiment permis à chacun de déposer ce qui lui pesait, pour repartir confiant sur les routes de son quotidien, certains que Jésus les précède et ne manquera pas d’être son repos, sa force, son rempart et sa joie…                      

  Bernard Massarini

 

2) Témoignage de Jean :

Ce sont dix-huit personnes : retraitants, retraitantes, laïcs, religieux, amis de DUEC, qui ont été conduites, par le père Bernard Massarini sur le chemin de cette retraite, à la Trappe de Tamié, près d’Albertville, en Savoie.
Autant dire que ce site, abbaye cistercienne de renom, est un lieu de prédilection.
La proximité discrète des moines et leur prière, « que notre cœur n’ait rien d’autre à retenir que tes grâces » nous a porté tout autant que le contenu des enseignements du Père Bernard.
Le style et la méthode conçus par notre père spirituel pour cette retraite, ont été de nous conduire sur les chemins des apparitions de Jésus après sa résurrection. Mais la sélection méditée, préméditée du choix de l’abbaye de Tamié nous unissait naturellement à la communauté monastique. Ceci a généré un rythme équilibré entre « les enseignements » de Bernard, les moments de recueillement en silence et les offices monastiques tout au long des cinq journées.

Chaque enseignement a été préparé avec soin, tout comme l’accueil des moines et le « confort » qu’offrent les chambres et les repas à l’hôtellerie.

Je vais essayer en quelques lignes de faire un témoignage un peu personnel, choisi et inspiré dans les enseignements de Bernard et ce qui me revient au moment de rédiger cette petite note.

Le sujet choisi par notre prédicateur est « un parcours avec Jésus de Pâques à la Pentecôte pour recevoir de Lui une vie nouvelle. »

Comme toute retraite, c’est un temps de tête à tête avec Jésus qui nous parle au travers des enseignements, et les autres moments, rien n’est vraiment laissé au hasard, mais tout est fait pour laisser place à la grâce. Le choix du thème est tiré d’un ouvrage écrit par un Lazariste et qui compare les 14 apparitions de Jésus après la résurrection, aux 14 stations du chemin de croix, nous explique Bernard, en commençant notre retraite. L’inspiration est lumineuse et nous surprend parce qu’elle nous conduit sur un tout autre chemin que celui auquel on pouvait s’attendre à la lecture du titre proposé dès l’annonce de cette retraite. Comme les apparitions de Jésus, la guérison est une rencontre. Jésus vient nous rejoindre, nous visiter, il nous devance. « Il invite chacun à revisiter son histoire, comme chemin d’espérance, pour l’autoriser à être ce qu’il est ».

« Je te bénis, Seigneur parce que tu m’as créé »,…, « Jésus nous précède », c’est au cœur de la confiance que nous sommes rejoints. Le thème de la retraite nous suggère de laisser faire écho aux paroles reçues de Jésus et les laisser nous rejoindre là où notre mémoire recueille tous les événements qui nous dynamisent ou nous paralysent pour faire de notre propre histoire un chemin d’espérance.
Une autre idée forte retenue est : passer à l’intelligence du cœur, et écouter Jésus guérir notre mémoire sur la route des pèlerins d’Emmaüs, « notre cœur n’était-il pas tout brûlant », « Jésus nous devance », comme il répond à la demande de Thomas l’incrédule. Jésus nous rejoint là où nous sommes, il nous visite dans nos lieux les plus cachés… « Le cœur qui n’a pas renoncé au pardon porte la promesse d’espérance… » Plus qu’une invitation, ce temps de retraite nous appelle à laisser travailler, dans notre mémoire, en nous, ce qui attend le pardon. Jésus vient prolonger la fête de la résurrection à l’image de la rencontre avec Pierre qui est rejoint par Jésus dans son désir intérieur, sur le lieu de la pèche, quand il l’invite à jeter les filets de l’autre côté de la barque.

Mais cette retraite fut un temps de respect où chacun a cheminé à son rythme, la douleur rend difficile l’espérance.

Jésus jamais ne s’impose. Nous sommes « visités par Jésus pour arriver à destination. »
La retraite fut aussi une rencontre fraternelle très forte, dans le respect du silence. Quand nos regards souriants se croisent à table ou lors de la balade silencieuse dans la montagne « encordés par la prière», nous sentons Jésus présent au milieu de nous.
Chère sœur, cher frère, toi qui liras ce témoignage et voudrait plonger dans le contenu d’une telle retraite, je t’invite, si tu le peux, à essayer de participer à la prochaine retraite avec DUEC ; c’est un véritable rendez-vous avec Jésus, Lui seul sait parler à notre cœur, et mieux que quiconque.

 

 

 




<