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L’homosexualité au sein de la famille

Contribution de l’association Devenir Un En Christ au Synode de 2015 sur la Famille

 
     
 
L’homosexualité touche de près la famille : de nombreuses personnes chrétiennes sont concernées par cette réalité, directement et indirectement (parents, conjoints, enfants…) ; les formes nouvelles de conjugalité interrogent aussi la famille. Cette question importante mérite donc d’être abordée dans le cadre du Synode sur la famille. L’association Devenir Un En Christ tente de proposer ci-après quelques réflexions sur ce sujet, issues d’une vaste consultation en son sein.

Il n’est jamais facile pour une personne de se découvrir homosexuelle. Certains témoignent : « Si cela avait été possible, j’aurais été hétérosexuel : ma vie aurait été bien plus facile. » Car l’homosexualité n’est pas un choix. À la découverte de leur homosexualité, beaucoup se demandent : « Suis-je normal ? Comment m’en sortir ? Quel avenir pour moi ? » Si certains se sont depuis toujours sentis attirés par des personnes du même sexe, l’homosexualité peut, pour d’autres, survenir plus tard, parfois dans le cadre du mariage ou d’un engagement religieux ou sacerdotal. Dans tous les cas, l’acceptation de l’homosexualité est souvent l’objet de souffrances intérieures, et beaucoup témoignent de la solitude qui a été la leur : « Ça a été un choc, cela ne correspondait pas à ce que je voulais faire de ma vie, il fallait à tout prix que je m’en débarrasse. » C’est alors pour certains un véritable parcours du combattant, où alternent lutte contre les tendances, prières pour que les choses changent, parfois désespoir : « J’en ai souvent voulu à la vie de m’avoir infligé un si lourd fardeau. J’ai souvent voulu mourir devant le découragement et le désespoir par rapport à une vie que j’aurais tellement voulue plus simple. Je me suis longtemps considéré comme quelqu’un d’anormal et d’indigne. » Pour d’autres, heureusement, les choses sont plus simples à vivre.

Pour les proches, la réalité de l’homosexualité n’est pas plus facile à recevoir : plusieurs parlent d’un vrai tsunami, d’un choc terrible, quand ils ont appris l’homosexualité d’un enfant, d’un conjoint ou d’un parent. Là encore, cette annonce soulève bien des questions et bien des culpabilités : « Qu’ai-je fait de travers dans l’éducation de mon enfant ? Peut-il en guérir ? », ou bien : « Mon mari va-t-il me quitter ? Notre couple a-t-il encore un sens ? » Il faut alors faire le deuil des rêves que l’on avait faits, des petits-enfants à venir. Mais, pour passer du choc initial à l’acceptation, un long chemin reste à faire. Dans un premier temps, la plupart des gens ne savent que dire : dans beaucoup de familles chrétiennes, le sujet de l’homosexualité reste tabou, quand celle-ci n’est pas vue comme une abomination. Il est souvent difficile de s’ouvrir de ces questions en famille, par peur du rejet, de l’exclusion. Il faut dire que certaines paroles, parfois entendues, peuvent être très dures : « La pire chose qui pourrait m’arriver, c’est d’avoir une fille homosexuelle », ou : « Tu vas finir en enfer ». Pourtant, l’expérience montre combien le dialogue en famille est libérateur : « Quelle grâce d’être en vérité avec ceux que l’on aime et qui vous aiment ! » Loin de faire éclater les familles, cette ouverture est souvent l’occasion de renforcements de liens : « Au fil du temps et des années, nos liens se sont renforcés et ont conduit à des relations plus vraies », ou : « L’homosexualité de mon mari nous a amenés chacun à nous dépasser, à grandir. »

L’homosexualité ne saurait se réduire à une souffrance, car elle peut être l’occasion d’un vrai chemin de vie : « L’acceptation de l’homosexualité a transformé ma vie. Je suis passé d’une forme de prison à une libération. Ce fut une Pâque. » Des parents reconnaissent combien cette épreuve les a fait sortir de leurs milieux, de leurs certitudes, de leurs jugements, de la peur du qu’en dira-t-on. Se découvrir différent amène à approfondir sa relation à Dieu, à redécouvrir son vrai visage : « Le fait d’être homosexuel m’a permis de prendre conscience que Dieu nous aime vraiment tels que nous sommes, bien plus encore que nous pouvons nous aimer nous-mêmes. » Ainsi, certains osent affirmer que l’homosexualité a été pour eux un chemin de grâce pour grandir dans leur foi. Une mère de famille témoigne : « Les personnes homosexuelles m’ont fait connaître la profondeur entraînante de leur foi ; leur charité et leur témoignage m’émerveillent ; elles m’ont aidée à approfondir ma foi, et je les en remercie du fond du cœur. » De fait, un désir authentique de fécondité se fait jour chez beaucoup, les amenant à s’engager auprès de personnes en difficultés, de détenus, de personnes handicapées, mais aussi au service de l’Église, notamment au sein de leur paroisse : « Si je n’avais pas été homosexuel, je pense que je n’aurais pas fait tout ce chemin », déclare l’un d’eux.

Cette fécondité se vit pour certains dans une vie de couple. Au-delà des différences objectives entre les couples hétéro- et homosexuels, un engagement et un amour authentiques se donnent à voir chez beaucoup de couples stables. La vie en couple leur permet de trouver un chemin d’équilibre et d’humanisation, alors que le célibat était pour eux une voie mortifère : « Depuis que je suis en couple, je suis beaucoup plus heureux : je vis une renaissance. » Et même si cet amour est un amour blessé et imparfait, il n’est pas d’amour humain qui n’ait besoin de guérison et d’accomplissement. La difficulté reste l’apprentissage de l’altérité, qui se découvre toutefois dans une relation homosexuelle, l’autre se révélant toujours différent de soi : de l’accueil de ces différences peuvent alors naître une complémentarité et une vraie fécondité humaine, sociale et spirituelle. Il faut cependant noter que les personnes homosexuelles en couple doivent souvent inventer elles-mêmes leur propre chemin, aucun modèle de vie ne leur étant proposé.

Bien des personnes homosexuelles chrétiennes manifestent un réel attachement à l’Église et un grand amour pour elle. Elles sont reconnaissantes pour sa bienveillance et son accueil, et sensibles au dialogue ouvert dans ce Synode sur la question de l’homosexualité. Elles trouvent dans la doctrine chrétienne un appui pour leur foi et reconnaissent la modération et la tolérance du discours de l’Église, qui insiste, à propos de l’homosexualité, sur les notions de conscience éclairée, de gradualité, de respect, de mystère de ses origines… Beaucoup témoignent encore des beaux accueils qu’ils ont reçus de la part de prêtres, notamment dans le cadre du sacrement de réconciliation : « Grâce à l’accueil reçu, je me suis réconcilié avec moi-même ; à mon retour, j’avais retrouvé la joie de vivre. » Les paroles ouvertes du pape François ont été un réel réconfort pour nombre de personnes homosexuelles.

Toutefois, l’accueil des représentants de l’Église ne manifeste pas toujours cette ouverture. Nombreuses sont les personnes homosexuelles qui témoignent d’une gêne de leur part, de leur méconnaissance de l’homosexualité, d’a priori voire de fermetures : « Un jour, un prêtre m’a refusé l’absolution. Ça a été une souffrance terrible. Du coup, j’ai fini par ne plus aller me confesser. » Des parents également disent combien certaines paroles maladroites les ont culpabilisés, alors qu’ils attendaient de l’Église un réconfort et une aide. Le discours officiel de l’Église sur l’homosexualité peut également provoquer des blessures profondes, de la culpabilité et du découragement : « Certains termes m’ont blessé plus que n’importe quelle remarque désobligeante. Je me suis senti incompris, sans place dans l’Église, laissé au bord du chemin. » Comment dès lors se sentir aimé de Dieu quand on se sent rejeté par l’Église ? Dans les paroisses, l’accueil varie beaucoup d’une communauté à l’autre ; si l’on sent souvent une certaine gêne, les choses semblent cependant évoluer vers plus d’ouverture. Plusieurs diocèses français ont mis en place des groupes de parole ou des référents pour l’accueil des personnes homosexuelles ; les pastorales familiales commencent à s’intéresser à cette question qui touche de près la famille. Il faut encore signaler les associations, souvent proches de l’Église, qui œuvrent pour que les personnes concernées par l’homosexualité puissent être pleinement en vérité et unifier leur vie de foi et leur vie d’hommes et de femmes : « Ça a été plus souvent dans des associations chrétiennes que j’ai vécu un véritable accueil qui m’a permis de me dire sans crainte et de progresser sur mon chemin de foi. Après ces accueils, j’ai pu retourner en paroisse. Il y a eu un avant et un après. »

Pour beaucoup, le discours de l’Église sur l’homosexualité n’est plus toujours audible aujourd’hui. Ce discours semble d’autant plus flou qu’il change souvent d’un pasteur à l’autre ou selon qu’il est adressé en privé ou en public. Les articles mêmes du Catéchisme semblent peu réalistes dans le vécu des personnes : les sommets donnés en modèle sont décourageants pour qui n’a pas les moyens de les approcher. La distinction entre les actes et les personnes reste, pour de nombreux croyants, difficile à comprendre : « Le discours de l’Église est compliqué, car on nous accueille, mais on n’accueille pas nos actes : donc on n’accueille pas ce que nous sommes. » L’appel à la chasteté (restreinte au seul sens de continence), en particulier, paraît une exigence élevée et un fardeau impossible pour beaucoup à porter. Pour certains, le célibat continent peut être un réel chemin d’épanouissement et de vie. Mais nombreux sont les croyants qui ne parviennent pas à être chastes et pour qui cette demande semble irréaliste et injuste : alors qu’ils n’ont pas choisi d’être homosexuels, pourquoi le célibat leur est-il imposé comme seul chemin ? Pourquoi l’amour leur serait-il refusé ? Il est également difficile à beaucoup de comprendre la condamnation des actes homosexuels en raison de la loi naturelle : « L’Église qualifie l’homosexualité de désordonnée et contre nature, alors que pour moi, c’est ma nature, c’est ce qui structure ma vie affective et lui donne de l’ordre et du sens. » Souvent, l’impression est que le discours ecclésial s’intéresse plus à l’acte sexuel qu’à la vie affective.

Or, ce que les croyants attendent aujourd’hui de l’Église se situe sur un autre plan. Ils attendent de sa part un discours d’amour, d’accueil et de respect : « Il y a besoin d’une Église plus humaine et plus compatissante, qui accueille avec douceur et humilité tout le monde. » En se tournant vers l’Église, ils espèrent trouver le même accueil inconditionnel dont le Christ fait preuve dans l’Évangile : « Toute personne qui s’adresse à l’Église s’adresse à celui qui dit : "Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie". » La vocation de l’Église est d’ouvrir des chemins de vie et de cheminer avec les personnes. C’est précisément cela que les chrétiens concernés par l’homosexualité espèrent : que l’Église les aide à inventer leur vie, à trouver leur place dans la communauté des croyants et dans ce monde, qu’elle les guide par des conseils concrets sur un chemin qui reste actuellement hors de tout cadre normatif. « Il faut que l’Église nous dise à nous, personnes homosexuelles, si ce que nous vivons peut avoir du sens, du prix. Il faut pouvoir construire, et le message de l’Église ne le permet pas aujourd’hui. » L’Église ne doit pas avoir peur de l’homosexualité : celle-ci n’est pas une menace pour sa doctrine ni pour la famille. Bien mieux, les personnes homosexuelles souhaitent souvent lui offrir leurs talents en se mettant à son service. « Cette différence est une richesse pour l’Église, il y a un trésor en chacune de ces personnes », témoigne un prêtre. Loin de revendiquer une place à part, la plupart des personnes homosexuelles chrétiennes aspirent à être des croyants parmi d’autres : « Au sein de l’Église, je suis fils de Dieu, un simple croyant, un frère parmi les frères, et c’est cela qui m’importe. »

Quelles sont les attentes des personnes concernées par l’homosexualité par rapport à l’Église ?
- Que l’Église soit le lieu où se vit le message de Jésus, où se manifestent la compassion et l’accueil sans jugement.
- Qu’elle donne de l’espoir à tous ceux qui souffrent seuls et en secret de l’homosexualité, la leur ou celle d’un proche.
- Qu’elle affirme toujours davantage que les personnes homosexuelles ont toute leur place en son sein, comme baptisés, fils et filles bien-aimé(e)s du Père.
- Qu’elle soit porteuse d’une parole de Vie et d’un visage fraternel ; qu’elle sache rendre sa doctrine humaine et réaliste.
- Qu’elle ouvre des chemins d’avenir et de fécondité pour les personnes homosexuelles, quel que soit leur état de vie.

Dès lors, quelles pistes de réflexion proposer ?
- Il est important que l’Église puisse poursuivre sereinement sa réflexion sur la question de l’homosexualité, en collaboration avec les chercheurs en sciences humaines de toutes disciplines, pour affiner sa vision théologique et anthropologique et se laisser interpeller par le vécu concret des personnes, par les merveilles de Dieu dans leur vie.
- Dans cette réflexion, il semble intéressant de réinterroger les textes bibliques touchant à l’homosexualité, non pas en vue de changer la doctrine, mais pour approfondir l’approche de cette réalité. De même, l’Église pourrait envisager d’infléchir certains passages du Catéchisme, afin que l’accueil inconditionnel prime sur les exigences et les jugements moraux.
- Dans la formation des prêtres et des acteurs de la vie pastorale, une instruction approfondie et ouverte sur l’homosexualité permettrait un meilleur accueil, une plus grande écoute, dans un plus grand respect des personnes qui s’adressent à l’Église.
- Dans l’ensemble des diocèses, comme cela commence déjà à se mettre en place, il conviendrait que soit nommé un référent  – formé et ouvert – sur les questions d’homosexualité, afin qu’il puisse accueillir les personnes et être consulté par les autres responsables en pastorale confrontés à ces questions. Dans les diocèses et les paroisses, des lieux d’écoute et de parole pourraient dès lors être mis en place, pour manifester concrètement l’ouverture et la bienveillance de l’Église.
- La question de l’accès aux sacrements pour les personnes homosexuelles, notamment en couple, mériterait une réflexion approfondie, qu’il s’agisse du baptême, de la confirmation ou de l’eucharistie. De plus en plus de personnes « en situation irrégulière » demandent d’entrer dans l’Église : quelle attitude d’accueil adopter, à la suite du Christ ? Comment, par les sacrements, est-il possible d’aider les personnes à cheminer et à grandir ? Faut-il, par ailleurs, refuser systématiquement l’accès à la prêtrise aux personnes homosexuelles, sans vérifier l’authenticité de leur vocation et leur capacité à vivre la continence ?
- Sur la délicate question des couples de personnes de même sexe, quelle parole et quelle attitude l’Église peut-elle avoir aujourd’hui ? Comment reconnaître de la valeur à l’amour que se portent des personnes homosexuelles au sein d’une relation durable et sincère ? Quels repères de vie leur proposer pour leur permettre d’avancer en humanité et en fécondité ? Quels gestes poser pour mieux accueillir ces personnes ? Dans quelles conditions une bénédiction (au sens de « dire du bien ») pourrait-elle être envisagée ?

« Puisse l’Église, grâce au Synode, affiner son discours, sans laxisme ni raideur, pour être mieux écoutée ! »