Retour à la liste des enseignements donnés à DUECLe relationnel dans l’affectivité et l’homo-affectivité Par José Davin, sj
Le thème des relations occupe des rayons entiers de bibliothèque. Si on le centre sur l’affectivité, cet espace rétrécit et si on cadre ce sujet dans la sphère homo-affective, homosexuelle, on précise un certain nombre de situations concrètes.
* Toute personne homosexuelle est d’abord une personne et, comme telle, elle expérimente la rencontre des autres, le monde des relations qui sont à la fois extérieures à tout homme, mais aussi intérieures par leurs influences. Cette rencontre des autres nous façonne en permanence. * Les relations sont toujours vécues comme extérieures par chacun d’entre nous, car tout homme, voyant ou malvoyant, perçoit l’existence de ses semblables. * Ces relations atteignent aussi profondément notre vie intérieure et participent à notre évolution. Nous ne restons pas indifférents face à la présence des autres ; ceux-ci provoquent en nous une interprétation permanente (bien sûr inconsciente en grande partie) : Que veut-il dire ? Que pense de moi, que ressent-il envers moi ? Comment a-t-il pu réussir ou rater cela ? Les autres suscitent en nous des questions et des réponses, et même tout un film, tout un cinéma d’explications, surtout quand on pense à eux, en leur absence. Personnalité et affectivité * Un grand besoin de relation , nous le savons, est inscrit dans notre corps, sexué et orienté vers l’autre sexe ; c’est une énergie inconsciente, une force, une pulsion qui nous pousse vers autrui et vers la fécondité, être parent, utile, prendre place parmi les autres, Chez la plupart, cette pulsion quand elle se concrétise dans une relation amoureuse, les tourne vers quelqu’un du sexe complémentaire (autre, en grec ‘hétéros’), alors que chez une partie non négligeable de la population (3% dans les statistiques les plus basses), elle se dirige vers quelqu’un du sexe identique (même, en grec ‘homos’), une orientation qui, en France, concerne donc environ 1.3000 00 personnes. * Nous sommes notre corps, une réalité visible, avec ses forces et ses limites, livré à l’usure. Habité, animé par notre esprit, ce corps est plus que la matière inerte d’un cadavre, il constitue la personne vivante et visible. * Cette affectivité, cette sensibilité cordiale est infiniment variable selon les personnes. Elle est évidemment une richesse, car elle permet de percevoir le vécu émotionnel des autres, d’apprécier la beauté, l’amour, la délicatesse… Elle est aussi un lieu de vulnérabilité, de souffrance, car des relations difficiles, l’absence d’amour, d’autres contrariétés sont vite perçues.
Les premiers liens … et les suivants. * Personne ne naît sur une île, apporté par une gentille cigogne alsacienne ! Ainsi sommes-nous très dépendants des autres lors de notre jeune âge. Nous le restons, en partie, et tout au long de notre vie, tout en acquérant une certaine autonomie. Celle-ci demeure relative, surtout quand de sérieuses limites réclament un accompagnement spécifique ; c’est ainsi le cas des personnes ayant une déficience mentale prononcée. * Les parents, le milieu familial, constituent les premières relations importantes, car ils prennent en mains toutes les composantes vitales (nourriture, besoins matériels, éveil du langage, station debout, connaissances élémentaires, climat d’attachement et d’affection,…). Une certaine confiance en soi suffisante est habituellement suscitée par ce nid familial : « J’ai compté assez pour mes proches ». * Néanmoins, aucun père ni mère n’étant parfait, les acquis positifs et les frustrations inutiles, les richesses affectives et les lacunes font partie, à des degrés divers, de toute éducation. Les personnalités s’en ressentent. Ainsi, tout au long de l’existence, certains ont besoin d’une main ferme à côté d’eux et d’autres d’un supplément de tendresse. Mais, malgré ce parcours inévitablement imparfait, notre sort nous appartient en bonne partie. Et se connaître aide à s’accepter et à progresser. * Freud et la psychanalyse ont éclairé cet univers émotionnel lié aux premières expériences positives ou négatives vécues dans notre milieu familial, imprégné aussi de directives diverses. Ainsi, un bébé abandonné très tôt par sa mère ressentira spontanément des troubles dans l’attachement aux autres.
En route, sous le regard des autres * Tout au long de l »existence, les autres s’imposent à nous, Leur regard nous croise. Sous le mot « regard », en pensant à des mal voyants, à des aveugles, il faut entendre l’idée d’une « opinion des autres sur nous» qui, bien sûr, est habituellement forgée à partir de la vue. * Le regard d’autrui, présence inévitable de notre destinée sociale, n’est qu’une première étape, en partie affective, vers des relations de qualité. * La relation authentique suppose que nous devenions une personne pour un ou une autre, un « j’existe » avec mes idées, mes émotions, mes projets, mes différences, pour quelqu’un qui soit aussi à l’aise avec nous pour se dire, nous écouter, dialoguer. Les relations humaines sont, peut-on dire, essentiellement affectives, car elles se construisent sur notre besoin de vivre avec les autres dans un sentiment de paix, d’amitié, même si avec certains la relation est davantage colorée par l’échange intéressant des idées ou la réalisation stimulante d’actions communes. * Au cours de l’existence, nous bénéficions de différentes relations positives qui nous font vivre, avec leurs richesses et malgré leurs limites, parfois avec leurs exigences (aider nos vieux parents en fin de vie) ou leurs souffrances (comme dans les séparations). * Profond est notre besoin inconscient de vraie relation. Vivre humain, c’est avoir faim et soif de relations authentiques, d’amitié, d’affection, d’une plénitude d’amour (et d’Amour).
S’accepter, grâce au regard de l’Autre * Face à ce destin communautaire qui nous constitue en tant que personne, il serait vain et inutile de s’admirer dans un miroir et encore moins de pleurer, sur un passé, éventuellement douloureux ou sur ses limites, ses échecs, ses différences. * Pour rédiger cette feuille neuve dans un climat de paix, il est bienfaisant de s’en remettre au Seigneur Jésus, fidèlement présent à nos côtés, comme il l’a été dans le temps de la révélation de son cœur. Deux épisodes éclairants peuvent guider nos réflexions. * Après une mise en garde vis-à-vis des scribes qui aiment déambuler en longue robe et occuper les premières places, mais qui oppriment les veuves, tout en faisant de longues prières , le Christ qui s’était assis près du temple avec ses apôtres, a dévoilé un message précieux sur le regard de Dieu. Assis en face du tronc, Jésus regardait comment la foule mettait de l’argent dans le tronc. De nombreux riches mettaient beaucoup. Vint une veuve pauvre qui mit deux petites pièces, quelques centimes. Appelant ses disciples, Jésus leur dit : « En vérité, je vous le déclare, cette veuve pauvre a mis plus que tous ceux qui mettent dans le tronc. Car tous ont mis en prenant sur leur superflu mais elle, elle a pris sur sa misère pour mettre tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. » Tout comme Jésus, nous admirons la grande générosité de cette dame qui a tout déposé dans un des treize troncs, ces grands récipients de bronze alignés le long de la salle du trésor. * Autre texte réjouissant concernant le regard de Dieu, la parabole adressée à ceux qui se croient justes parce qu’ils accomplissent des actes de piété, mais qui méprisent les autres. Deux hommes montèrent au Temple pour prier : l’un était pharisien et l’autre collecteur d’impôts. Le pharisien priait ainsi en lui-même : « Mon Dieu, je e rends grâce de ce que je ne suis pas comme les autres hommes qui sont voleurs, malfaisants, adultères, ou encore comme ce collecteur d’impôts. Je jeûne deux fois par semaine, je paie la dîme de tout ce que je me procure. » Le collecteur d’impôts se tenant à distance, ne voulait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je sis. » je vous le déclare, celui-ci redescendit chez lui justifié, et non l’autre, car tout homme qui s’élève sera abaissé, mais tout qui s’abaisse sera élevé. » L’humilité qui se dégage des paroles du collecteur nous indique le vrai chemin pour laisser Dieu nous rendre justes, nous rejoindre dans toutes nos relations entachées aussi d’imperfection, d’échecs plus ou moins graves. Jésus nous invite d’abord à nous tourner vers lui, dans la vérité : « Seigneur, je ne suis pas fier de tels actes, de telles paroles, je les regrette, aide-moi, prends pitié du pécheur que je suis. » Ensuite, il nous propose de dépasser des sentiments de culpabilité, tournés vers nous et sans issue, en nous acceptant tels que nous sommes, homos ou hétéros, avec nos points forts (à regarder de temps en temps) et avec nos défauts, nos faiblesses, sur lesquelles notre emprise est d’ailleurs relative. Enfin, il suggère une certaine indulgence pour nous-mêmes, sans tomber dans le laisser-aller Indulgence fondée sur une espérance qui vient d’en-haut, car Il sait aussi que le bon grain de nos actions grandit à partir de solides racines et ont valeur d’éternité, alors que l’ivraie qui nous colle aux pieds n’st que fragilité passagère. Dieu comble-t-il notre besoin de relation ? * Par désillusion vis-à-vis des humains, par projection sur Dieu de nos attentes les plus profondes, nous pourrions imaginer que Dieu est la seule réponse aux aspirations les profondes de notre affectivité : aimer et être aimé. C’est en partie vrai et faux. * Faux d’imaginer que maintenant Dieu qu’on ne voit pas va compenser, combler notre affectivité qui réclame des manifestations tangibles, corporelles d’amour. Son respect pour notre aventure humaine ne change rien à ce que les humains ont fait et effectuent librement. Le Maître est parti et nous a confié des talents à développer pour un heureux vivre ensemble, en faisant attention aux plus démunis . * Vrai. Un jour, près de Lui, nous trouverons le bonheur total d’être vraiment aimé sans condition avec la joie de le voir, de Le connaître et de L’aimer, tout en vivant un amour mutuel parfait avec nos semblables. C’est l’avenir que Jésus, Dieu en personne, nous a révélé .
Comment combiner la cherche du bien et du bonheur des autres, tout en ménageant les siens, légitimement ? Services * Dans des relations d’aide, aimer les autres comme soi-même est un grand idéal qui demande en premier lieu de s’aimer soi-même. Principalement, « je » (c-à-d chacun) je dois d’abord oser prendre ma place, exprimer mes sentiments, mes avis dans le respect de ceux des autres, sans inventer des « récits », sans manipuler autrui, car j’ai le droit et le devoir d’être authentique, de dire oui et non. Ensuite, il s’agit d’être bienveillant avec moi-même, ne pas me critiquer sans cesse, accepter mes limites, ma différence homo-affective, mon histoire, en voyant aussi mes qualités, mes compétences, mes acquis. En un mot, prendre avec sérénité ma juste place. * Rendre service fait du bien à quelqu’un et correspond en même temps à notre besoin d’être fécond.
Amitiés * Les définitions de l’amitié la décrivent comme un sentiment de sympathie et d’affection mutuelle qui lie des personnes, indépendamment de toute sexualité. Ce sentiment varie d’une amitié à l’autre, de même que les liens qui en découlent. On ne les crée pas de toutes pièces, c’est la vie qui nous en donne l’occasion. * Par ailleurs, il est sage de ne pas rêver d’une amitié parfaite qui nous comblerait ou qui serait l’équivalent d’une relation amoureuse (rêvée, elle aussi, car aucun amour n’est pleinement satisfaisant). « Mon ami et moi, nous faisons deux, mais en ces deux personnes, le cœur est un. S’appuyer l’un sur l’autre et s’entraider, c’est ce qui noue l’amitié. » Autrement dit, être à l’aise et heureux avec quelqu’un d’autre et compter réciproquement l’un sur l’autre, sans nécessairement se rencontrer souvent, bien qu’il faut entretenir ses amitiés en provoquant des contacts de temps en temps s’ils ne sont pas évidents, vu les distances ou les occupations. * Selon les personnes rencontrées, nous vivons chacune de nos amitiés de façon différente, selon des facteurs variés : proximité (l’un en Suisse, l’autre en Belgique), âges, conversations, et même parfois dans une capacité de don ou de besoin différente. Nous ne partageons pas les mêmes conversations avec chaque ami. Aucun d’entre eux n’est non plus le répondant idéal à nos besoins affectifs, matériels, intellectuels ou spirituels. * Il est important d’entretenir ses amitiés, surtout si on ne vit pas en couple. En effet, la solitude du célibat peut devenir insupportable et se muer en isolement destructeur, si on n’établit aucune relation amicale, cordiale avec d’autres. Pour certains, un effort de rencontre d’autrui devient impérieux. Chez d’autres moins, car leur souhait et leur capacité de vivre solitaire est réelle et respectable. * L’histoire chrétienne est jalonnée d’amitiés célèbres, comme celle de François d’Assise et de Claire, ou encore celle de Saint Augustin et d’Alypius, étalée sur une quarantaine d’années. Aussi les écrits d’Augustin sur l’amitié sont-ils instructifs . À la fin de son étude sur la Cité de Dieu, Augustin écrivit cette réflexion intéressante : « Qu’est-ce qui nous console dans cette société humaine, surchargée d’erreurs et de tourments, sinon la foi sincère et la mutuelle affection de vrais et bons amis. » Les contacts amicaux embellissent, en effet, notre parcours humain. Si on en a vraiment trop peu, le moyen de les augmenter est simple : sortir de chez soi, s’inscrire dans des clubs culturels, sportifs, proposer ses services à des associations de volontariat. Cependant une seule amitié authentique peut suffire à rendre la vie très agréable. *Lire aussi, ci-dessous, à la fin du paragraphe sur le conjoint les remarques intéressantes issues des groupe de travail, sur les expressions différentes concerant l’amitié et l’amour)
Avec son enfant * Des parents qui mettent au monde, de façon inattendue, un enfant gravement handicapé (je suis leur aumônier dans mon pays) doivent faire un sérieux rétablissement : mettre de côté l’enfant naturellement rêvé par des géniteurs et accueillir celui qu’ils vont devoir nourrir à la cuillère toute leur vie (ou le confier à un établissement). * On devient parent, avec le temps. En attendant, un fils, une fille homo devra vivre avec les réactions inappropriées de sa parenté. Il devra gérer cette lacune éventuelle. J’ai toujours admiré tous ceux et celles qui ont dû en souffrir et en sortir.
Un esprit d’accueil qui humanise chacun Selon trois principes que la réalité des relations humaines nous propose, notre cœur peut grandir en accueil et en solidarité. * En profondeur, tout parent et tout humain devrait accepter de ne pas tout maîtriser de la vie de son enfant ou d’un autre, c’est-à-dire de ne pouvoir tout faire pour lui. C’est finalement accepter la finitude, les limites de notre humanité. Bien plus, il s’agit de reconnaître que tout autre, dont l’enfant, nous échappe d’une façon ou d’une autre, ce qui conduit à accepter une certaine solitude inévitable. Cela fait peur, mais agir ainsi libère l’autre de nos attentes et de nos projections. Vient enfin le moment de faire un dernier pas. Au lieu de penser : « Après tout ce que j’ai fait pour lui, voilà ce qu’il me fait ! », il s’agit de faire sienne cette vérité exigeant: rien ne nous est dû dans la vie, soit ce qui conduit à vivre avec une certaine incertitude sur les réactions d’autrui, sur sa gratitude ou son ingratitude.
* Pour une personne homo sexuelle déjà tiraillée en elle-même entre accepter ou refouler de cette tendance, l’annonce à la parenté reste un moment difficile. Elle l’est moins qu’il y a 50 ans quand l’homosexualité était méconnue et assimilée à des dérives morales. Dans les familles musulmanes implantées en Occident, elle demeure tabou, à l’image des pays d’origine où elle assimilée à une perversion punissable ! * Les jeunes ‘aujourd’hui risquent d’être moins tolérants sur cette annonce possible : « Si les parents ne sont pas prêts à m’acueillir tel que je suis, je me barre ou je me tue ! ». * Quant à l’annonce de cette particularité à la famille élargie, je partage la réserve exprimée par le Père Xavier Thévenot « Je ne vois pas, écrit-il, au nom de quoi la tante Ursule aurait le droit de connaître l’orientation sexuelle de chacun de ses neveux. » On peut ajouter qu’en procédant par étapes successives et par un dialogue approprié, il est heureux de partager la nouvelle avec le milieu familial direct. Parfois, cela s’effectue tout naturellement, sans intervention particulière.
Étant donné que les exposés de Michel Salamolard abordent largement ce sujet, je me limite à quelques réflexions complémentaires. * Quand un couple de gays ou de lesbiennes se forme, l’annonce de cet événement, à la famille et aux proches, devient vitale. En effet, prétendre s’en passer ou faire comme si les jugements et les regards n’existaient pas, c’est amputer sa relation amoureuse d’une partie de la réalité, parce qu’elle s’inscrit dans un réseau humain. Le fait de fuir la révélation ou de la cacher montre bien qu’elle reste présente dans la relation amoureuse elle-même. * À ce sujet et sur d’autres, deux grands moyens de sont à notre portée pour nous humaniser, devenir plus unifié, et selon notre relation au Seigneur « devenir un dans le Christ ». D’une part, en demandant à quelqu’un d’averti de réfléchir sur ce qui fait souffrir. D’autre part, en confiant réellement nos peines au Seigneur. Il est passé lui aussi par l’épreuve, par la détresse et la tristesse, l’exclusion et les incompréhensions. Dans la prière, nous gagnons toujours à lui confier nos fardeaux. * Le grand défi du couple demeure la rencontre affective de l’autre, l’acceptation des différences qui gênent ou blessent. On croit avoir fait alliance avec un oranger et on est surpris de le voir produire des cerises ! Une réelle distance apparaît progressivement entre l’attente affective qui nous anime et l’apport effectif que nous recevons. Faut-il couper certaines branches de l’oranger ou le quitter ? Ou plutôt, tout simplement, remettre de l’ordre dans nos désirs et oser des mises au point sous forme de négociation pour un vivre ensemble harmonieux ! * Ne confondons pas non plus l’attrait initial (qui s’explique par la nouveauté et le désir physique) et la sympathie profonde et solide qui est tissée d’estime et d’une aisance de contact. Il est même indiqué de refaire, après quelque temps, un nouveau tour des qualités de l’autre, parfois occultées par des agacements secondaires. Refaire union avec le même conjoint est une bonne idée. * Dans les rapports amicaux, comment fixer certaines limites entre amitié et amour (Merci aussi à ceux qui réfléchi lors du we à cette question et spécialement à Marcel qui en deux phrases a bien situé les enjeux que voici). Dire à quelqu’un « Je t’aime) est une parole créatrice et révélatrice d’amour. Tandis que dire à un ami : « Je t’aime bien » n’engage pas une relation amoureuse.
Dans la société dont l’Église * Citoyen d’un pays, la Belgique, où les organisations homosexuelles ont obtenu le droit au mariage civil et à l’adoption, je travaille dans le respect de ces lois. Néanmoins, je demande lors de chaque bénédiction de couple gay ou lesbienne que l’on remplace le mot mariage utilisé à la commune (mairie) par les termes alliance ou union, afin de distinguer les deux réalités, ce qui ne pose aucun problème. Et quand des chrétiens homos me demandent de baptiser leur enfant, je suis heureux de préparer et célébrer cet événement. Ma référence principale dans cet apostolat se fonde sur cette question : « Que ferait Jésus à ma place ? » * L’enjeu communautaire se situe ailleurs, dans le regard de la société, des gens, sur l’homosexualité, et donc sur les personnes concernées. Pour participer à ce débat avec nos convictions, nous ne pouvons pas rester bien au chaud dans nos sacristies, nos églises ou entre nous. Il me paraît important que les chrétiens fréquentent le camp civil, y compris celui des opposants, afin de faire connaître, dans un climat de solidarité, leurs positions évangéliques, souvent méconnues, en dialoguant sur nos points de vue respectifs dont ceux qui nous sont communs : un meilleur respect des personnes concernées. * Au sein de l’Église aussi, il y a lieu de prendre la parole et de prendre position. Certes, on a dépassé l’époque d’un rejet certain que John McNeill, un ancien jésuite américain, a dénoncé en 1988 dans son livre célèbre « Les exclus de l’Église » . * Au-delà de l’Église, il faut toujours remonter aux actes et aux paroles de Jésus qui accueillait chacun chacune, quelles que soient les différences. Une attitude libératrice que Saint Paul a résumée en terminant sa célèbre louange de l’amour de Dieu par cette phrase : « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ notre Seigneur » .
Nous avons utilisé ce néologisme dans notre ouvrage Gays et lesbiennes, Humanité, .amour, spiritualité, Saint-Maurice, Saint-Augustin, 2010, afin d’attirer le regard sur l’essentiel d’une particularité de ces personnes. Cette analyse spirituelle a été mise en lumière par Saint Ignace de Loyola dans son livre Les exercices spirituels. |