Chasteté et relation à l'autre :
un témoignage
(par
Yves H., membre du groupe de Toulouse)
[
W.e. des 27-28 janvier 2007 ]
Avertissement
: Ce
papier a servi de base à l’intervention d’Yves H..
Les participants au week-end n’y retrouveront pas toutes les nuances
qu’il a développées mais seulement les grandes lignes.)
Le Père Christophe m’a proposé de faire une petite
intervention sur ce thème. J’ai accepté, bien que
je doive avouer n’avoir jamais trop réfléchi à
la question.
En réfléchissant maintenant, je me dis que la
chasteté concerne aussi notre rapport à l’autre, pas
seulement l’être aimé, mais tous ceux qui nous entourent
: en famille, au travail, dans nos engagements associatifs, et
en particulier les associations de lutte contre l’exclusion.
Je voudrais évoquer ce dernier aspect justement.
Il se trouve que je suis engagé dans le mouvement ATD Quart Monde
depuis 10 ans. Comme de nombreuses personnes je crois, j’ai rejoint
le mouvement en voulant faire des choses « pour », les pauvres
en l’occurrence. Il s’agissait de m’engager pour plus
de justice mais aussi très clairement pour donner
plus de sens à ma vie, surtout dans la mesure où,
en tant qu’homosexuel, elle semblait cruellement en manquer.
Et puis, le lent cheminement avec les familles très exclues du
Quart-Monde nous amène à une conversion du regard, à
un apprentissage de la chasteté : L’autre
appréhendé pour lui-même, pour se réjouir
de son existence (en dehors de toute autre considération), pour
partager ses joies et ses peines et pas seulement
pour ce qu’il peut nous apporter, pas seulement comme un objet de
notre propre « croissance spirituelle », quelle que
soit par ailleurs la qualité intrinsèque des actions concrètes
que l’on peut mener.
On est amené petit à petit à ne plus considérer
les plus pauvres (souvent inconsciemment d’ailleurs) comme moyens
de remplir le vide de nos vies, de soulager notre mauvaise conscience,
comme objets de notre compassion, de notre pitié, de notre sollicitude,
de notre action et de notre réussite, mais comme sujets à
part entière, comme frères en humanité.
Le fondateur d’ATD Quart Monde, le père Joseph Wrésinski,
écrivait (dans "Les Pauvres sont l'Eglise"): «
L’action rassure et satisfait. Elle risque
de nous faire perdre le sens de la fragilité de l’autre,
des obstacles qu’il rencontre. Nous ne voyons plus les résistances
en lui, nous cessons de faire de lui un sujet à part entière,
il devient objet de notre réussite. Dans
les combats de libération, nous croyons trop souvent libérer
l’autre, alors que nous nous libérons nous-mêmes. La
question est de savoir non pas qui est libéré, mais si les
plus pauvres se libèrent avec nous ».
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